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 Un Européen d’Algérie révolté contre l’injustice coloniale..1

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Ayamoon
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MessageSujet: Un Européen d’Algérie révolté contre l’injustice coloniale..1   Dim 26 Juil - 11:57

Un Européen d’Algérie révolté contre l’injustice coloniale

Fils d’un optant alsacien, Victor Spielmann arrive en Algérie en 1877 à l’âge de 11 ans. Son père parvient à obtenir un petit lot de colonisation à Bordj Bou Arreridj. Mais, comme nombre de petits colons, il mène une vie difficile sur une terre ingrate.

En 1897, pour son fils qui lui a succédé, c’est la ruine et la saisie de ses biens. Cette expérience éprouvante contribue à faire de lui un révolté. Il va désormais mener une lutte de tous les instants contre « l’Administration », en fait contre ce système colonial dont il allait progressivement percevoir qu’il exploitait et opprimait davantage encore les Algériens de souche. Un temps cordonnier, puis représentant de commerce pour s’assurer le pain, il se lance aussi dans le journalisme.

Toujours sur le qui-vive, il parcourt le bled pour dénoncer sans relâche la grosse colonisation, les banques et les puissants de la bourgeoisie coloniale.

Fin XIXe, début XXe siècle, particulièrement dans sa région — le Constantinois — , la défense des Européens de basse condition va volontiers de pair avec la dénonciation des Juifs, laquelle sous-tend la crise « autonomiste » créole de 1898 : les ressentiments sociaux sont exploités démagogiquement par un « parti radical antijuif » dont le maire de Constantine, Émile Morinaud, est le dirigeant le plus en vue.

En Europe, il existait un antisémitisme populaire, qui a aussi été le fait de nombre de petits Blancs d’Algérie : dans leur pré-carré dénommé français, ils voyaient dans les petits commerçants et artisans juifs, généralement fort pauvres, des rivaux auxquels le décret Crémieux (1870) avait indûment conféré la nationalité française .

Toutefois, indisposé par la compromission croissante des notables du parti antijuif avec les potentats de la bourgeoisie coloniale, Spielmann rompt en 1902 son compagnonnage politique avec eux. Reprenant sa liberté, il se consacre désormais aux problèmes de sa région. Avec quelques compagnons, il écrit dans de petits journaux locaux — L’Écho d’Aïn Tagrout, Le Cri des Hauts-Plateaux, L’Avenir de Bordj Bou Arreridj —, tout en militant politiquement selon un mode protestataire et en collaborant à de nombreuses œuvres sociales, syndicats agricoles, bibliothèques populaires, sociétés de secours mutuel, orphelinat du peuple…

Dans le même temps, il se lie avec Gaston de Vulpillières, socialiste humaniste, libertaire et internationaliste, archéologue de l’antique Calcaeus Herculis (El Kantara) et défenseur passionné des Algériens misérables du Village rouge d’El Kantara, avec lesquels il vit. Dans sa lancée, Spielmann étend de plus en plus ses activités à la défense des Algériens. En 1906, il collabore au journal algérois de Vulpillières, Le Croissant-El Hillal, « organe des revendications indigènes ». Il contribue ainsi à aiguillonner les velléités de réformes entamées par le gouverneur général de l’Algérie Charles Jonnart et à soutenir cette haute figure « indigénophile », que fut le député de la Haute Marne Albin Rozet. Il dénonce le Code de l’Indigénat de 1887, qui codifie la discrimination ; il dénonce sans relâche les abus de l’administration coloniale qui molestent colons pauvres et « prolétaires indigènes », qui sont pour lui, tous victimes d’un même système régi par les gros colons et les banques, en commerce avec quelques bachaghas acquis et intégrés au système.

Fin 1910, Spielmann devient le collaborateur de Sadek Denden, à son journal L’Islam, le plus connu des journaux « jeunes-Algériens ». De 1912 à la guerre de 1914, Spielmann est le correspondant pour l’ouest Constantinois du Cri de l’Algérie, dirigé par Vulpillières. La grande dénonciation du journal est celle de l’imposition aux Algériens du service militaire obligatoire, institué par le décret du 31 janvier 1912, cela sans compensation aucune : « un scandale ». Il ne réclame pourtant guère, à la différence de ses amis jeunes-Algériens, que le droit de vote qui en société coloniale serait pour lui bafoué, et qui ne servirait qu’à affermir l’emprise d’une « bourgeoisie indigène » qu’il exècre.

Aux côtés de son ami Deybach, lui aussi Alsacien, Spielmann est présent partout, là où des incidents entre recruteurs et conscrits se produisent, et ils sont légion. Il témoigne : « Si nous, Alsaciens, nous nous plaignons des spoliations et des vexations dont nous sommes victimes de la part de l’Allemagne, que doivent dire les indigènes-patriotes de leur Algérie, pour avoir été, sous prétexte d’insurrection, dépouillés de centaines de milliers d’hectares des meilleures terres, sans compter l’amende de guerre.

Les Allemands, en 1870, se sont contentés de l’amende et d’une partie de notre territoire. C’est pour cela que je proteste contre toutes les injustices dont on les abreuve. Comment, avec de telles spoliations territoriales, vous trouvez tout naturel qu’on appelle les enfants des indigènes sous les drapeaux pendant trois ans, au lieu de deux comme les nôtres, et sans compensation d’aucune sorte ? Mets-toi à leur place, et, là, dis-moi franchement ce que tu ferais de l’arme que ton spoliateur te confierait ? Il faut être insensé pour ne pas voir où nous allons. Si je réclame des compensations, ce n’est pas tant le bulletin de vote que je vise, car nous ne sommes pas mûrs nous-mêmes pour l’employer utilement, mais leur émancipation civile, afin qu’ils échappent à leurs tortionnaires administratifs. » Spielmann dénonce inlassablement les trafics dont la conscription est l’occasion qui enrichit les agents de l’administration et des notables de telles grandes familles algériennes ; et aussi les spoliateurs des fellahs qui s’engraissent de la colonisation foncière, et leurs comparses, administrateurs de communes mixtes et autres « adjoints indigènes ».

Le ton du Cri de l’Algérie, violent, amer, souvent désespéré, est plus proche de la dénonciation libertaire que du socialisme marxiste. Les articles, toujours grinçants, jamais drôles, donnent un sombre tableau du Constantinois à la veille de la Première Guerre mondiale. On perd la trace de Spielmann pendant la guerre, au lendemain de laquelle il se trouve proche des positions des communistes d’Algérie. Il dut un temps adhérer au parti, même s’il resta toujours marginal par rapport à lui, avant de s’en éloigner en 1925, puis de rejoindre formellement la SFIO.

Il resta, cependant, un atypique. Ahmed Khobzi, l’instituteur communiste, à qui le liait une solide amitié, disait de lui : « Il était trop rebelle pour accepter la discipline, trop anarchiste pour accepter un maître. » De fait, il avait baptisé le très modeste pavillon où il vivait avec sa femme Hélène Bonino, à Frais Vallon, au flanc de Bab El Oued, « Villa Francisco Ferrer », du nom du célèbre militant anarchiste et anticolonialiste catalan, fusillé à Barcelone en 1909. Spielmann n’en collabora pas moins à la Lutte sociale, devenue communiste après le congrès de Tours, dès 1921. Si nombreux étaient alors les communistes à n’être pas hostiles « aux aspirations d’indépendance coloniale », d’autres, dans l’inspiration de la motion de la section de Sidi Bel Abbès (1922), continuaient à coups d’arguments foncièrement coloniaux, à s’en tenir à des positions sociaux-colonialistes. Sous l’impulsion du professeur d’histoire André Julien, alors en poste en Algérie, Spielmann allait jouer un grand rôle pour étayer les dossiers tant réclamés par le futur grand historien du Maghreb, connu ultérieurement sous le nom de Charles-André Julien — il était alors communiste —, en vue d’argumenter les positions politiques sur le sujet, crucial, de la colonisation. D’emblée, ses articles s’imposèrent. Malgré — ou grâce à — son style lourd et ses exemples ressassés, Spielmann faisait preuve de pédagogie.
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