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 L’Emir Abdelkader en Kabylie (1838-1839)..5

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tikka
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MessageSujet: L’Emir Abdelkader en Kabylie (1838-1839)..5   Mer 5 Aoû - 11:36

Pendant toute la durée de sa visite, l’Emir fut l’objet d’un accueil exceptionnel, fidèle en cela aux coutumes et traditions des peuples de la région. Daumas en donne encore le témoignage suivant : Pendant tout le trajet, Abdelkader fut bien traité ; plus d’une fois il eut à subir une très importune quoique très généreuse hospitalité. À peine arrivé au gîte, de nombreux Kabyles, tête nue et le bâton à la main, venaient lui présenter la diffa de leur pays, énormes plats en terre (djefena) remplis de couscous et parsemés de quelques morceaux de viande sèche et prièrent leur hôte de manger dans leur djefena ; pour ne pas faire de jaloux, Abdelkader fut ainsi forcé de toucher aux plats sans nombre dont il était entouré (21).

Après sa visite aux tribus de la Soummam, sur le chemin du retour, Abdelkader se rendit à Khelil-ou-Iguefes et dut coucher chez les Beni-Brahim. La, Ben Salem le quitta après avoir reçu ses instructions et s’en retourna chez lui avec le chef des Flissa, El Hadj Ben Zamoum. L’Emir arriva à Bordj el Bouira, en passant derrière les monts Djurdjura. Il parcourut en longueur et en largeur la plaine de Hamza, et disparut bientôt en s’enfonçant dans le Gharb (22). L’empreinte laissée par l’Emir dans l’esprit des populations de la région durant sa visite ne s’estompa qu’au fil des générations. A la qualité de l’accueil qui lui fut réservé, la dimension humaine, religieuse et militaire de son auguste personne fut reconnue de tous, comme en témoignent des écrits sur cette période héroïque de la résistance nationale. Son autorité fut obéie par l’ensemble des tribus durant ses années de lutte et jusqu’à sa reddition en 1847.

Tel fut l’accueil qu’Abdelkader, aux plus beaux jours de sa puissance, reçut dans les montagnes de Kabylie. Pendant ce court trajet, il avait su se faire apprécier des fiers et énergiques montagnards. La simplicité et la pureté de ses mœurs, son affabilité, sa piété, sa science, sa brillante réputation de guerrier, son éloquence de prédicateur, tout en lui saisissait. Aucun de ceux qui purent le voir et l’entendre n’échappèrent à cette influence. Des poètes en firent le sujet de leurs chants (23). Ainsi devait écrire à son sujet, non sans un sincère respect, le colonel Daumas, officier français, chef du Bureau arabe d’Alger, qui connaissait bien l’Emir pour l’avoir maintes fois combattu.

Rupture du traité de la Tafna et reprise de la guerre

Les multiples recommandations de l’Emir, lors de sa visite en Kabylie, le fait qu’il répéta à plusieurs reprises aux chefs de tribu que la guerre ne tarderait pas à reprendre, n’était point dues à une appréciation hasardeuse de la situation. C’est que tout indiquait à l’Emir que les Français ne cherchaient qu’à gagner du temps pour mieux se préparer à la reprise des hostilités. En effet, tout au long de la période qui suivit la signature du traité de la Tafna le 20 mai 1837, les autorités d’occupation attendaient de choisir le moment propice pour dénoncer l’accord de paix et continuer la conquête. En cela l’Emir n’était pas dupe ; il utilisa à bon escient les précieux moments de répit que lui laissait la trêve et s’employa au mieux à préparer les populations à une guerre qu’il savait dure, porteuse de deuils, contre un ennemi décidé à utiliser toute sa puissance. Le général Bugeaud, signataire du traité de paix avec Abdelkader, savait que le document était porteur des germes du désaccord et que la reprise des hostilités n’était qu’une question de temps.

Il aurait déclaré, dans une allocution qu’il prononça à Paris devant la Chambre en 1838 : « Beaucoup a été dit sur les imperfections du détail du traité. J’avoue franchement qu’il y en a certaines, mais je pense que leur importance a été exagérée. Il y a seulement une qui peut avoir des conséquences, c’est l’expression "aussi loin que l’oued Keddara et au-delà. » Ce mot veut dire aussi loin que la province de Constantine. Cette expression est certainement vague ; mais on doit se rappeler que j’étais pressé par le temps. Un vapeur m’attendait. Il était impératif de décider soit de continuer la guerre, soit de signer la paix (24). Les versions arabe et française du traité de la Tafna différaient sur l’interprétation des limites du territoire reconnu aux Français dans la province d’Alger. Le document français mentionnerait dans son article 2 que « la France déclarait posséder, dans la province d’Alger : Alger, le Sahel, la plaine de la Mitidja, s’étendant à l’Est aussi loin que l’oued Keddara et au-delà (25). En fait, le terme « au-delà » de la version française était transcrit « faouk » dans la version arabe, mot qui veut dire « au-dessus ». Ce litige a fait l’objet de discussions entre Abdelkader et le Maréchal Valée qui assumait, depuis le 30 novembe 1837, les fonctions de gouverneur général d’Alger. Le maréchal, ayant consulté Paris, on lui répondit : « Par les mots ’’oued Keddara, et au-delà’’, il faut comprendre tout le territoire dans la province d’Alger qui va au-delà de l’Oued Keddara jusqu’à la province de Constantine ... » (26).

Lors d’un de ses entretiens avec Valée, Abdelkader lui tint ces propos : « J’ai cédé le territoire jusqu’à l’oued Keddara à l’Est, et aussi loin que Blida incluse, vers le Sud. L’expression ’’aussi loin que l’oued Keddara’’ doit avoir un sens. Autrement pourquoi aurait-elle été insérée dans le traité ? Si elle signifie quelque chose, cela veut dire que vous êtes limités à l’Est comme à l’Ouest » (27). Quant au terme « au-delà », le mot arabe est "faouk" ; traduit comme vous le faites en ’au-delà’ ne signifie rien du tout. Faisons une expérience : prenez vingt arabes que vous choisirez vous-même et demandez leur le sens du mot « faouk ». S’ils vous répondent que le sens naturel de ce mot peut signifier, même en sous entendu, le même sens qu’ « au-delà » j’accepterais votre interprétation. Prenez alors tout le territoire entre l’oued Keddara et la province de Constantine. Mais au contraire, s’ils déclarent que le mot « faouk » que vous traduisez « au-delà » réellement et strictement veut dire « au-dessus », acceptez la proposition que je vous fais. Cette proposition est de vous donner comme limite vers l’Est, la crête des montagnes qui se dressent au-dessus de l’oued Keddara (28) .

Le maréchal déclina la proposition. Valée ne cherchait-il pas un prétexte ? Les intentions du gouvernement de Paris étaient déjà bien arrêtées. Dans une correspondance en date du 1er mars 1839, le ministre de la Guerre écrivit au maréchal Bugeaud en ces termes : Abdelkader est l’appui matériel et moral de toutes les résistances que nous rencontrons. Tant qu’il subsistera, il sera l’espoir de la nationalité arabe et nous verrons l’antipathie mahométane se perpétuer contre nous ; il faut donc lui faire une guerre patiente et opiniâtre .... (29). L’Emir avait besoin de faire durer la paix encore quelques temps pour parfaire l’organisation du pays à laquelle il s’était attelé. C’était à l’époque des discussions au sujet de la limite Est des possessions françaises, qu’Abdelkader visita la Kabylie. Il y installa une organisation militaire et avertit les populations de l’imminence de la reprise de la guerre. Il rallia à lui les tribus de la région de Constantine et plaça sous son autorité tout le territoire entre l’oued Keddara et Constantine. Valée savait que l’Emir était dans son droit. Comment alors contourner la difficulté ?

Il profita du passage à Alger d’un ambassadeur de l’Emir — Miloud Ben Arouch — de retour de France où il fut envoyé par l’Emir auprès de Louis Philippe pour expliquer au souverain sa position sur la question de l’interprétation du traité de la Tafna. Le maréchal Valée fit pression sur Ben Arouch pour lui faire apposer son sceau sur une version amendée du Traité. Ben Arouch déclara qu’il n’était ·pas autorisé par l’Emir à négocier. Sous les pressions, il finit par céder et donna son aval personnel au document de Valée. Il déclara cependant au maréchal que son point de vue n’engageait pas l’Emir. Abdelkader se trouvait à Takdempt le 10 janvier 1839. C’est là qu’il apprit de Ben Arouch ce qui s’était passé à Alger. Abasourdi par ce qu’il venait d’entendre et hors de lui, il déclara en colère : « Jamais ! Jamais je ne ratifierais une convention qui donnerait à la France une terre qui servirait de voie de communication entre Constantine et Alger et perdrait ainsi tous les avantages de la situation qui les circonscrit dans une zone limitée par la mer, la Chiffa, et les sommets de l’Atlas au dessus de l’oued Keddara » (30). ..
to be continued
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