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 L’Emir Abdelkader en Kabylie (1838-1839)..6 et fin

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tikka
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MessageSujet: L’Emir Abdelkader en Kabylie (1838-1839)..6 et fin   Lun 10 Aoû - 10:32

L’Emir, avec patience, devait, dès lors faire face à toutes les provocations. Ses agents, installés dans les places occupées par l’armée française au terme d’un accord, furent ignorés ou humiliés. Les populations qui voulaient le rejoindre pour y vivre sous son administration furent rudement traitées et détenues à l’intérieur des lignes françaises. Un charron qui travaillait pour l’Emir à Alger fut chassé par l’armée d’occupation. Un autre, représentant d’Abdelkader, un Français qui s’occupait de l’importation d’équipements industriels pour le compte de l’Emir, fut arrêté, jeté en prison et renvoyé en France (31). Les plaintes d’Abdelkader auprès des autorités françaises au sujet de toutes ces brimades reçurent une suite porteuse des intentions du gouvernement de Paris : il fut en effet répondu à l’Emir que le maréchal Valée était investi d’une autorité illimitée et pouvait faire ce que bon lui semblait (32). Même le consul de l’Emir auprès du Gouverneur général à Alger, un Italien du nom de Garavini, ne fut point épargné. Garavini était également agent consulaire à Alger pour les Etats-Unis d’Amérique. Il faut souligner à ce propos qu’à l’époque, il était courant que les représentants accrédités auprès de puissances étrangères cumulent plusieurs charges ; ils n’étaient pas forcément citoyens du pays dont ils représentaient les intérêts. En cela donc le choix se conformait aux pratiques du moment et n’avait rien de particulier. Garavini se vit décharger de sa mission par le maréchal Valée sans qu’au préalable Abdelkader eut été informé. Il s’agissait là d’un cas de violation flagrante de la souveraineté de l’Emir contre laquelle il protesta avec énergie, mais en vain.

Valée, voulant obtenir la ratification par l’Emir de l’accord arraché à Miloud Ben Arouch, envoya le commandant De Salles en février 1839 voir Abdelkader dans son quartier général à Miliana. Le maréchal était convaincu qu’il pouvait arriver à rallier l’Emir à l’interprétation française du traité de la Tafna. Abdelkader avait réuni, à l’occasion de la visite du commandant De Salles, tous ses khalifas et les fit assister à l’entrevue. Pour convaincre De Salles que sa position était celle de tous ses lieutenants, il demanda au conseil de décider, en sa présence, de la suite à donner à la démarche de l’envoyé du maréchal Valée. La réponse fut unanime : il n’était pas question de céder sur l’interprétation du traité dans sa version arabe ; tous les khalifas exprimèrent leur volonté, au besoin, de reprendre les armes plutôt que de céder sur ce point (33). De Salles rendit compte des résultats de sa mission à son chef. Abdelkader écrivit à Louis Philippe pour l’informer de la situation ; mais dans le même temps, il y eut changement de gouvernement en France. Il n’y avait pas d’espoir donc d’attendre une quelconque réponse dans le climat politique trouble qui sévissait alors à Paris.

Quelque temps plus tard, le duc d’Orléans arriva en Algérie. Il prit part à l’expédition dite des « Portes de Fer » dont le but était une démonstration de force, une façon claire de signifier à l’Emir que les Français passaient outre au contenu de l’accord de la Tafna. Cette expédition avait été préparée de longue date. Elle devait joindre Mila à Alger. Le maréchal Valée, accompagné du duc d’Orléans, partit de Mila le 18 Octobre 1839 en direction de Sétif avec une colonne forte de 5 000 hommes. Dans le même temps, il créa une diversion en envoyant un contingent qui fit semblant de marcher sur Béjaïa. Les populations se précipitèrent pour assurer la protection de la ville, mais sa mission accomplie, le contingent rebroussa chemin et rejoignit la colonne principale commandée par le duc d’Orléans et le maréchal Valée. Celle-ci arriva à Sétif le 21 octobre.

Valée, pour tromper les chefs de tribu des contrées qu’il traversa, avait fabriqué un sceau au nom de l’Emir dont il revêtit des sauf-conduits également faux, affirmant ainsi, à ceux qui l’interrogeaient, que son expédition avait reçu l’aval d’Abdelkader. La lenteur des communications à l’époque et la difficulté de rentrer en contact avec l’Emir, qui était alors quelque part dans l’ouest du pays, explique la réaction tardive de son khalifa à la violation du traité par le maréchal Valée (34). Le duc d’Orléans, Valée et son armée traversèrent ainsi tranquillement le territoire des Beni-Mansour et, le 31 octobre, atteignirent le col de Ben Heni. Ben Salem, khalifa de l’Emir en Kabylie, entre temps averti de l’approche de la colonne et pris au dépourvu, ne pouvait organiser une attaque d’envergure. Tout au moins fit-il tirer une salve d’honneur contre les troupes de Valée, partagé qu’il était entre le doute quant à l’authenticité de l’accord qu’aurait donné l’Emir, et son devoir qui lui commandait de barrer le passage. L’événement fut relaté ainsi : Le khalifa lança, chez toutes les tribus voisines, l’ordre d’attaquer... Des Khachna, des Beni Khalfoun vinrent tirer quelques coups de fusil aux environs du pont de Ben-Hini.

Ben Salem envoya en même temps un message à l’Emir pour l’informer de la violation du territoire et attendit la réponse (35). Abdelkader, informé, ne tarda pas à réagir : En quarante huit heures, chevauchant jour et nuit, l’Emir atteignit Médéa ; le 4 Novembre il envoya le message suivant au maréchal Valée : « Nous étions en paix et les limites entre votre territoire et le mien étaient clairement définies, quand le fils du roi (duc d’Orléans) décida de se rendre de Constantine à Alger ; et cela a été fait sans me demander le moindre accord, sans même expliquer les raisons d’une telle violation de territoire. a rupture est de votre fait. Pour que vous n’ayez pas à m’accuser de trahison, je vous avertis que je me prépare à reprendre la guerre. Préparez-vous également. Avertissez vos voyageurs, vos garnisons, vos postes, en un mot, prenez les précautions que vous jugeriez nécessaires (36).

Il donna des instructions à tous ses khalifas pour les informer de la reprise des combats. Au khalifa de la Kabylie, Ben Salem, il écrivit en ces termes : « La rupture vient des chrétiens. Votre ennemi est devant vous, retroussez comme il faut vos vêtements, et préparez-vous au combat. De toutes parts le signal de la guerre est donné ; vous êtes l’homme de ces contrées. Je vous ai placé là pour en fermer les issues. » « Gardez-vous de vous laisser troubler ; serrez votre ceinture et soyez prêts à tout. Grandissez-vous à la hauteur des événements, apprenez surtout la patience et la persévérance et que les vicissitudes humaines vous trouvent impassible. Ce sont des épreuves : Dieu les envoie ; elles sont attachées au destin de tout bon musulman qui s’engage à mourir pour sa foi et couronnera notre part de la victoire, s’il plaît à Dieu. Salutations de Abdelkader Ibn Mahieddine » (37). La trêve venait d’être rompue. La guerre durera encore huit ans. Elle ne prendra fin qu’en 1847.


Bibliographie
(1) - Daumas, R., Faber, M., La Grande Kabylie - Etudes Historiques. Paris : L. Hachette et Cie, 1847. p.155.
(2) - Ibid, p. 157
(3) - Ibid, p. 160
(4) - Ibid, p. 1"60 /
(5) - Ibid, p. 167
(6) - Churchill, C.H. Life of Abd-el-Kader. London : Chapman and Hall, 1867. p. 158
(7) - Daumas, p. 180
(Cool - Ibid., p. 143
(9) - Ibid., p. 145
(10) - Ibid., p. 182
(11) - Ibid., p. 191
(12) - Ibid., p. 191
(13) - Ibid., p. 197
(14) - Ibid. p. 198
(15) - Ibid., p. 199
(16) - Ibid., p. 199
(17) - Ibid., p. 200
(18) - Ibid., p. 201
(19) - Ibid., p. 202
(20) - Ibid., p. 203
(21) - Ibid., p. 205
(22) - Daumas, p. 206 (23) - Churchill, p. 152 (24) - Ibid., p. 154
(25) - Ibid., p. 155
(26) - Ibid., p. 156. À ce sujet, une autre version est donnée par Mohamed Cherif Sahli dans son ouvrage ’Abdelkader le Chevalier de la Foi’. Il se réfère a l’interprétation du professeur Emerit donnée dans ’l’Algerie à l’époque d’Abdelkader’. D’après M. Sahli, ’le Pro Emerit a tranche définitivement la question, en démontrant qu’une seule interprétation était possible et recevable : celle d’Abdelkader ’jusqu’a l’oued Keddara et au-delà’ signifiait : jusqu’a l’oued Keddara sur la totalité de son cours. Cette précision était nécessaire, parce que l’oued portait plus spécialement le nom de Keddara sur une partie de son cours’ (p.79). Churchill affirme détenir ses informations de source sure et les avoir vérifiées auprès d’Abdelkader lors de son séjour a Damas. Il écrit en préface de son livre, je cite : ’Some French works assisted me in my course of inquiry, such as ’Annales Algériennes’ by M. Pélissier de Reynaud ; ’Histoire de la Conquête d’Alger’ by M. Alfred Nettement, and others of less note. At a later period, I also profited by a publication more exclusively devoted to my subject, entitled ’Abdel Kader, sa vie Politique et Militaire’, by M. Bellemare. Abdelkader was most ample in his remarks and commentaries on these authors. He thus supplied me with many useful rectifications, as weil as a vast amount of valuable and important original information from himself .... . (Préface, xi).
(27) - Ibid., p. 157.
(28) - Tamimi, A. Recherches et Documents d’Histoire Maghrébine (1816-1871) Tunis : Revue d’Histoire Maghrébine, Vol 3, 1980. p. 28.
(29) - Churchill, p. 162
(30) - Ibid., p. 162
(31) - Ibid., p. 166
(32) - Ibid., p. 169
(33) - Ibid., p. 182
(34) - Damas, p. 210
(35) - Churchill, p. 183
(36) - Damas, p. 184
(37) - Churchill, C. H., Life of Abdelkader. London : Chapman and Hall 1867.
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MessageSujet: Re: L’Emir Abdelkader en Kabylie (1838-1839)..6 et fin   Mer 12 Aoû - 14:15

salam tikka

vous etes un genie machaalah a toi.........c'est interessant ce ke tu as ecris la ......je voulais le copier sur dans mes documents est ce ke tu me permet plzzzzzzzzz
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L’Emir Abdelkader en Kabylie (1838-1839)..6 et fin

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