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 Le cérémonial de la circoncision...

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tikka
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MessageSujet: Le cérémonial de la circoncision...   Mer 25 Aoû - 22:50


Le cérémonial de la circoncision

Les préparatifs de la cérémonie commencent dès que le choix du jour est fixé. Il faut choisir une journée « paire » (1) de la semaine, c’est-à-dire soit le lundi soit le mercredi. Si jamais il faut circoncire à la fin du mois, il faut alors choisir soit le sixième jour, soit le quatrième jour avant la fin du mois en question. Il faut toujours un chiffre pair. Une fois la date arrêtée, les préparatifs commencent. Le mercredi serait donc « Ess ouamel » (2). C’est-à-dire le jour où toutes les femmes, parentes et amies, s’assemblent autour de grands sacs de semoule afin de rouler le couscous. Cette activité s’accompagne toujours de youyous intermittents et de chants sans fin dont voici un extrait :

Dieu avant le prophète,

Mohamed et Ali ,

Au nom de Dieu et de sa clémence,

Prions notre prophète,

A moi d’espérer,

A Dieu d’exaucer,

Et qu’il fasse la joie de ma chanson.(3)

Cette constatation a été faite à partir d’une réflexion sur le sens des noms des jours de la semaine. Reste le vendredi et le samedi qui tirent leurs sources des religions, respectivement le vendredi, le jour du seigneur, le jour de la création d’Adam et le jour de la prière pour les musulmans. Le samedi dans le judaïsme correspond au sabbat.
En ce jour, et après la prière du « maghreb », c’est-à-dire au coucher du soleil, les hommes s’en vont demander de l’aide aux voisins pour qu’ils puissent à l’aube du jeudi rapporter le bois. Le jour « j », de bonne heure, les hommes s’en vont avec leurs ânes chercher le bois dans les maquis environnants. Pendant ce temps, les femmes dans la grande maison se mettent à préparer la nourriture en chantonnant et en fredonnant à tue tête des airs à connotation religieuse. Les plus jeunes d’entre elles et les plus robustes s’en vont accueillir les « porteurs » de bois. On dépose les fagots, on les divise, on les partage. Il règne une véritable atmosphère de joie et d’allégresse, un moment privilégié de manifestation de la vie collective. En cette circonstance, on pourrait dire que la famille s’exhibe, se donne à voir, donne à voir en spectacle les rapports de solidarité qui la constituent, les valeurs et symboles qui la justifient. Il faut assister à ces préparatifs pour percevoir, dont aucune description ne peut rendre compte, l’ambiance qui y règne : chants merveilleux suivis de danses, coups de fusil, youyous stridents des femmes manifestant leurs joies. Pendant ce temps l’oncle maternel offre à son neveu comme cadeau, ce qui est une obligation, une gandoura de préférence blanche, brodée de fils « kitani » d’or et d’argent. Ensuite on procède à la « tahfifa » c’est-à-dire la coupe des cheveux qui se limite à la coupe d’une mèche symbolique. Cette cérémonie exclut toute présence féminine, c’est une affaire d’hommes. Sont présents : le père, l’oncle maternel et le coiffeur. Il s’agit pour l’entourage de valoriser chez l’enfant le côté masculin de sa personne. Aussi, le discours tenu autour de lui est centré essentiellement sur des notions telles que le courage la virilité, la puissance : « tu deviendras un homme « erguez ». Après cette cérémonie, on présente aux hommes une corbeille « hassouguith » faite à la main avec de l’alfa. Cette corbeille contient du sucre, de la viande séché, des figues, des noisettes, des noix, des bonbons, et des grenades…le tout sera mis dans une « aklouth » qui est un grand couffin. Chacun des invités prendra ce qui lui plait de ses confiseries. Toute la nuit se passera dans une « Rahbia » mixte, qui est une danse traditionnelle exécutée par quatre hommes et quatre femmes sous les airs mélodieux de la « hagsbith » flûte berbère et du « bendir » sorte de tambour, accompagnés des voix de ténors masculins et de sopranos féminins. Au cours de la nuit, les femmes se mettront à préparer le « henné ». Au moment où les hommes s’abandonneront dans les bras de Morphée, les femmes lanceront leurs derniers youyous de la journée suivis du célèbre chant du « henné » :

Oh femmes préparez le henné,

Sous les youyous des anges,

Ce sont là tes sœurs oh Ali,

Dis ce qui se passe oh oncle.

La mère posera « hassouguith » entre les jambes de l’enfant, et tout en mangeant les délices qu’elle offre, les femmes servent le café. Le henné préparé, l’enfant sera habillé sous cette mélodie :

Oh frère porte sa gandoura,

Telle une colombe dans les cieux,

Mon frère est un joyaux d’argent,

Habillé d’or et de lumière.

Au milieu d’un cercle de femmes, l’enfant va être l’objet de louanges. Youyous sur youyous vont remplir la salle. Après ces louanges la grand-mère va s’approcher, une cuvette de henné entre les mains, le visage souriant, en prend un morceau et le dépose dans la main droite de l’enfant. Elle l’entoure d’un foulard bleu, pour permettre au henné de bien en imprégner la paume. Toute cette cérémonie sera accompagnée par un chant spécifique à cette phase rituelle :

Tes mains prendront la couleur du henné,

Et seront celles d’un homme, un sage,

Oh, petit frère chéri, tu dors dans ton lit,

Un lit de prince et de roi.

Lorsque l’enfant montre des signes de fatigue, une femme, généralement la tante paternelle le met au lit « assoudeth ». C’est aux jeunes filles (sœurs et cousines) de rester auprès de lui, pour le veiller en lui racontant quelques récits mythiques, ainsi que des contes dont le sujet porte sur la bravoure, le grand amour et la fidélité. La cérémonie du henné exclue toute présence masculine même celle des enfants circoncis quoiqu’ils essaient de se manifester, en jetant un regard furtif à travers une porte entrebâillée. La fête continue son cours jusqu’à l’aube, soutenue par des chants exprimant et prônant la vie collective de la famille, les actes de bravoure, la chasteté, la décence, le respect des traditions, l’unicité de Dieu et de son prophète. A l’aube, le père et ses frères égorgent quelques moutons, pour que les femmes puissent préparer le repas qui consistera en un plat traditionnel « assekssou » couscous et un dessert le « zirawi» au miel et au beurre. A la mi-matinée commencera le défilé des invités, cadeaux en mains ; de l’argent, des denrées alimentaires, ou un mouton. Tout le monde est invité, autrement dit, chacun s’invite lui-même par le fait d’être voisin où habitant la même campagne. Les femmes qui arrivent le matin du vendredi n’ont aucun lien de parenté directe avec la famille en fête. Ainsi, toute une organisation est mise en place, avec une réparation de tâches bien définies.
Des groupes de femmes se forment pour l’accueil et la réception des invités, un autre groupe se prépare pour sortir et retrouver les hommes qui attendent dehors, fusils en main. Au sein de ce groupe, on choisit une jeune fille vierge, généralement la fille du frère du père, réelle ou classificatoire. Celle-ci parée de son plus bel habit attend comme une fiancée « mais pas la véritable » le départ. A l’intérieur de la grande maison, les femmes préparent une « harbouth » un très grand plat en bois. On y met un « kaba » c’est-à-dire une hache, ainsi qu’une « hakleth » broche berbère en argent et on couvre le plat avec un châle en soie. Le grand plat en bois sera porté par la jeune fille. Ainsi le groupe est composé de la jeune fille portant sur sa tête le grand plat en bois en tête de file, suivie des femmes toutes parées de belles tenues de couleurs chaudes et vives. Viennent ensuite les hommes, le plus souvent les oncles paternels et maternels, qui fusils en mains n’hésitent aucunement à faire preuve de leur adresse au maniement des armes. La procession se termine généralement par un groupe d’enfants dans un brouhaha assourdissant de rire et d’exclamations.
Ce groupe continue sa marche sous les youyous des femmes, le baroud des hommes, et les cris des enfants, tout joyeux. Avec une voix de soliste, la jeune fille entamera la chanson suivante :

Mes prières sont au prophète,

Mohamed et Ali,

Je ne cesserai d’espérer,

Que Dieu réponde à mon cri,

Que dieu fasse ma joie,

Qu’il embellisse ma chanson.

Après une bonne de marche, le groupe s’arrête, chante sur place, les homme épaulent leurs fusils et tirent sur la terre vierge. Il faut que cette terre ne soit pas une terre labourée. Ainsi dépucelée, cette terre offrira son fruit à la jeune fille. Cette dernière, la hache en main fait un trou dans le sol pour remplir de terre son plat en bois. Avant de partir, elle laisse tomber la broche d’argent qu’elle enterre dans ce même lieu, et qu’elle arrose d’eau. Les autres femmes jettent, à la volée, des morceaux de sucre et de dattes que s’arrachent les enfants. Le retour se fera dans la même ambiance de youyous, de chants, de cris, et de baroud. Toujours en soliste, la jeune fille répètera ce refrain, accompagnée par les autres femmes :

Ta maison oh mon noble maître,

Accueille mon arrivée,

Tes palais oh mon noble maître,

Rivalisent ceux de Cirta.

Une fois arrivé à la grande maison, seule la jeune fille passe le seuil de la chambre dans laquelle aura lieu la circoncision. Les autres femmes attendent près de la porte silencieuses. La jeune fille dépose le plat plein de terre au milieu de la chambre, et lance un youyou, elle ressort accueillie par les youyous des autres femmes. C’est au tour des hommes de prendre place dans la chambre. On sert le repas traditionnel « Assekssou » ensuite les friandises. Dès la fin du repas, l’arrivée du « Hadjem » le « circonciseur » provoque une vive émotion parmi le groupe des femmes. Dans les Aurès, la fonction du « circonciseur » n’est pas spécifique au barbier ni à quelqu’un d’habitué au maniement des couteaux ou des ciseaux. C’est surtout une personne d’un certain âge respecté. Pendant ce temps, l’oncle maternel va chercher l’enfant ; il est d’ailleurs le seul homme qui puisse être en contact avec les femmes. A la vue de son frère venant chercher l’enfant, la mère dénoue ses longues tresses et met son pieds droit dans une cuvette en cuivre pleine d’eau tout en serrant entre ses dents une broche en argent qui restera épinglée à la « gandoura » de l’enfant durant la circoncision. Dans cette ambiance les femmes commencent à chanter la chanson de la circoncision, et la mère de l’enfant se met à pleurer :

Fait ton travail oh «circonciseur »,

Que Dieu guide tes mains,

Ne blesse pas mon fils,

Je risque de t’en vouloir,

Fait ton travail oh « circonciseur »,

Que Dieu guide tes mains,

Ne circoncis pas mon fils,

Avant que n’arrive son oncle,

Pour qu’il le prenne sur ses genoux,

Et lui promette la main de sa fille.

L’oncle maternel prend son neveu dans ses bras, malgré les larmes de sa mère. Les femmes le suivent et l’attendent dans la cour, tout en chantant :

Fait ton travail oh circonciseur,

Le couteau risque de se refroidir.

Une fois dans la chambre, l’oncle maternel place l’enfant sur les genoux de l’oncle paternel, ce dernier est assis sur un oreiller face au grand plat en bois. L’assistance est composée du « circonciseur », des deux oncles paternel et maternel, ainsi que quelques invités de marque pour aider le « circonciseur ». Pendant ce temps, l’enfant tout joyeux de devenir un homme, prend dans ses mains un gigot de viande et une grenade datant d’au moins d’une année, pour qu’il puisse les lancer à la figure du « circonciseur » et lui faire mal une fois circoncis. C’est là sa première rébellion, son premier geste d’homme. Avant de passer à la description proprement dite, essayons d’abord de présenter le matériel du « circonciseur ». Il est composé d’un appareil de protection constitué de :

d’une graine de genévrier de Phénicie,

d’une planche trouée,

d’un appareil de préhension et d’étirement constitué de :

-des doigts du « circonciseur »,

-d’une ficelle avec deux boules en bois aux extrémités.

d'un appareil de section constitué de :

- généralement d’un couteau,

- très rarement d’une paire de ciseaux.

A ce simple matériel s’ajoute quelques plantes dont nous ferons l’inventaire un peu plus loin. Revenant maintenant à l’opération proprement dite : L’enfant bien placé sur les genoux de son oncle paternel, écarte ses jambes sur le plat plein de terre en face de lui, mettant en évidence son pénis. Le « circonciseur » étire le prépuce, fait pénétrer la graine de genévrier pour protéger le gland, et… « Regarde l’oiseau dira-t-il à l’enfant et tac…c’est fini ». L’enfant, criant à haute voix tente d’atteindre le « méchant » visage du « circonciseur » en lui lançant la grenade et le gigot de viande. La terre dans le plat en bois recevra et le prépuce et le sang de l’enfant. Pendant ce temps, le « circonciseur » prépare une pâte composée de :


Asselghen : matière visqueuse de sapin,

Ahdhurth : graisse de chèvre,

Dhen : beurre très ancien.


Avec cette pâte il masse le gland, le saupoudre avec du genévrier, perse un œuf et y introduit le pénis de l’enfant. Après ce traitement, tous les hommes se lèvent à tour de rôle pour laisser tomber des billets de banque dans les mains de l’enfant circoncis. Ensuite c’est au tour de l’oncle paternel de prendre l’enfant dans ses bras, le porter et l’allonger sur le lit préparé à cette occasion. Ainsi, sous les yeux admiratifs de l’enfant nouvellement circoncis, une véritable « rixe à coup de bonbons » se déclenche entre les invités. Autrement dit, un jeu très viril. Chaque personne doit être sur ses gardes, prête à répondre à l’attaque du voisin et surtout à éviter les bonbons qui arrivent vers elle. On constate que cet amusement est lié aux grandes fêtes telles que la circoncision et le mariage. Pendant ce temps, s’élève le chant mélodieux des femmes, une véritable ambiance de gaieté et de joie règne dans la grande maison. Ainsi prendra fin le cérémonial pour reprendre une semaine après. En effet, une semaine après on renouvelle les invitations et on retrouve une seconde fois la jeune fille qui va reprendre le plat en bois sur sa tête, chantant les mêmes chansons que la semaine précédente, accompagnée de youyous des femmes, de baroud des hommes et des cris joyeux des enfants. Une seconde fois, elle va piocher et creuser le sol, retirer la broche d’argent, et remettre la terre en enterrant le sang et le prépuce de l’enfant. C’est le mariage du circoncis avec la terre : « qu’il soit homme et devienne aussi fécond que la terre nourricière » dira la jeune fille.

Après ce souhait c’est le retour vers la grande maison pour continuer la fête. Ainsi prendra fin le rituel.
Dr Chorfi Mohamed Séghir

Notes des renvois numérotés

Note a. Ce type de problème peut parfois frôler l'insolubilité selon le choix de la dimension historique. Par exemple le mot kabyle lui-même dériverait de l'arabe qbaïla (tribu).

[1] . Dans les pays du Maghreb, la nomenclature des jours de la semaine laisse apparaître un ordre numérique débutant par le chiffre : 2 lundi, 3mardi..etc.

[2] . « Ess ouamel » : signifie littéralement le jour où l'on doit concrétiser un projet.

[3] . Kadamna rabi ala nnabi /Mohamed oua Ali/Bismi Allah oua billah/Kadamna rassoul Allah/lekmel sla-rabi/rfanodj.




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MessageSujet: Re: Le cérémonial de la circoncision...   Mer 25 Aoû - 23:02

Félicitations pour les enfants circoncis en ces jours bénis.

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MessageSujet: Re: Le cérémonial de la circoncision...   Mer 25 Aoû - 23:18

Beaucoup de familles algériennes attendent le mois de Ramadhan pour la circoncision de leurs enfants et particulièrement le 27ème jour du mois, Leilat el kedr, pour toute la baraka qu’on lui prête. Mais sous le prétexte de l’accomplissement d’un devoir religieux, des dépassements ont lieu chaque jour. Souvent, ces circoncisions de masse sont organisées par différentes associations de bienfaisance, associations politiques et Assemblées populaires communales (APC) avec tout ce que cela suppose comme risques tant infectieux que traumatiques et psychologiques....hadouda je m'excuse du derangement(tu es en vacance)mais juste quelques conseils utiles d'hygiene et de prevention merci

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