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 Selon le luinguiste oranais Elimam

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iflisen
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Nombre de messages : 4
Date d'inscription : 20/10/2010

MessageSujet: Selon le luinguiste oranais Elimam   Ven 22 Oct - 0:30



source:

http://iflisen2008.over-blog.com


Par Mamou Aït Ouahioune(*)
Permettez-moi de réagir à l’article paru dans le journal Le Soir d’AlgérieN° 6022 du 8 août 2010 au sujet de la contribution apportée par MM. Mhand Amarouche, Boualem Aourane, Tahar Hamadache, Mouloud Idir, Ali Ihaddadene (les auteurs ayant signé ladite contribution à titre de citoyens algériens) portant sur la réponse qu’ils ont formulée à M. Addi Lahouari suite à l’interview qu’il a accordée au journal électronique Le Quotidien d’Algérie en date du 29 juin dernier, dans laquelle la question du statut de la langue amazigh a été abordée par M. Addi.


Tout le mérite leur revient car, d’une part, par ces temps de canicule rares sont ceux qui osent mettre un peu de leur temps pour participer par le truchement de la presse nationale au débat qui anime la scène nationale, et d’autre part, incitent d’autres à donner leurs points de vue sur ces questions cruciales restées en suspens afin d’échanger les réflexions. De prime abord, nous pouvons dire qu’il est tout de même paradoxal que des langues qui sont véritablement langues majoritaires de socialisation soient minorées par l’institution étatique. Pire, la gestion politique des langues dans notre pays passe carrément sous silence ces mêmes idiomes qui, pourtant, occupent une place privilégiée dans la répartition de la communication sociale. Le linguiste Abdou Elimam affirme dans ce sens qu’il n’est pas exagéré de dire qu’un écolier algérien est un sujet dont on vide la substance linguistique native pour lui substituer une prothèse langagière. C’est ce mécanisme-là qui produit de la schizophrénie précoce. Si les modalités d’enseignement sont perfectibles, l’aliénation linguistique, elle, laisse des traces indélébiles. Chemin faisant, la solution à ces problèmes passera, avant tout, par la prise de conscience de notre réalité nationale ; cellelà même que nous construisons de puis l'accès à notre indépendance nationale. Les questions linguistiques sont des plus complexes dans la construction d'une nation moderne. Cependant, la réalité mondiale montre que les cas de monolinguismes étatiques sont plutôt l'exception. La majorité des nations modernes vivent et se développent avec plusieurs langues. Jusqu'à quand nous faudra-t-il reproduire le modèle jacobin du colonialisme ? Jusqu'à quand nous faudrait- il tourner le dos aux percées scientifiques contemporaines sur le langage humain ? Il ne faudrait pas que l'aveuglement politique cache une essence sociale qui, en synthèse, porte le nom d'Algérie. Il me semble que les questions soulevées ne sont pas réglées en Algérie et qu'il faudrait rouvrir le débat avec sérieux et surtout sans a-priori. Je m'inspirerai en grande partie, pour ce qui me concerne, des travaux (articles et ouvrages) de M. Abdou Elimam qui est mon mentor et que je résume en cinq points :
1. Nous partons du fait que le potentiel langagier des humains est un «don du ciel» et c'est pourquoi nos cerveaux abritent des zones spécifiques au langage. Ce potentiel neurolinguistique passe en «dur» sous la forme de circuits nerveux à partir du moment où on est exposé à la communauté des parlants qui nous entourent. C'est ainsi que jaillit la langue maternelle : on ne la choisit pas, elle nous est imposée par la rencontre entre le neurologique et le social, à notre arrivée à la vie. Cette vision est de nos jours largement partagée par les neurosciences contemporaines.
2. Ce don de la nature est fixé en dur dans nos vaisseaux et nos neurones, d'ailleurs il occupe l'hémisphère gauche du cerveau. Toute autre langue qui arrive, après coup, se voit abritée par l'hémisphère droit. Les rares cas de bilingues «parfaits» voient la langue seconde partager une partie des aires réservées au langage dans l'hémisphère gauche. Partie seulement ! En somme, toute autre langue qui arrive prend appui sur les dispositifs neurologiques et cognitifs mis en place par la langue maternelle.
3. Partant de là, il devient clair que l'arabisation ne pourra JAMAIS écarter la langue maternelle, sauf si cette langue arabe devient elle-même maternelle. Or, elle ne l'a jamais été pour personne (je parle de la langue du Coran). Personne n'est venu à la vie avec cette langue comme langue. Par ailleurs, tamazight en tant que langue maternelle est donc logée à la même enseigne que toute autre langue maternelle. Elle est en dur dans les cerveaux de ceux qui la portent à la naissance : rien, ni personne ne pourra en venir à bout. A moins de changer les réseaux de neurones propres au langage.
4. Il y a maintenant l'histoire de nos contrées et de leurs langues. Il est bon de rappeler le fait historique que la langue punique (celle de Carthage) a été la langue dominante avant l'arrivée des Arabes — y compris durant la période byzantine où l'usage du punique est attesté. Le punique rencontre l'arabe et fait «bon ménage» avec lui. Ce qui permet, dès le Xe siècle, l'émergence de cette langue propre au Maghreb. Langue qui va s'épanouir en Andalousie et dans le reste du Maghreb ensuite. Le Maghribi hérite donc d'un legs bien ancien — au moins aussi ancien que le libyque au Maghreb !
5. Défendre les langues, c'est avant tout défendre l'espèce humaine avec ce dont la nature la dote. Ainsi, la reproduction des langues par la naissance est le seul moyen par lequel les langues vivent. Toute intervention musclée d'imposition d'une langue sur une autre est vouée à l'échec (Ibn Jenni l'a dit au IXe siècle, déjà !). Le MCB d’Avril 1980 a bien retenu la leçon en adoptant dans la plateforme de revendications la défense de la langue amazigh et des langues populaires ou ed-daridja ou encore le maghribi (voir le point 4 ci-dessus). Pour conclure, j’attire votre attention sur le fait qu’au moment où dans la plupart des pays démocratiques le débat tourne autour du rôle que joue la langue maternelle dans l’acquisition des langues secondes, chez nous l’enseignement des langues continue de tourner le dos aux réalités socioculturelles dominantes, quitte à se contenter de niveaux de compétences linguistique très largement en deçà des espérances ; que ce soit à l’écrit ou à l’oral. Ce n’est pas le système éducatif mais bien le vidage de la langue maternelle qui nous a conduits à cette situation que tout le monde déplore... par fatalisme ! Ce n’est ni une affaire de (hajra fi soubat) (et pas de «hadjaratoun fi el hida-i») et encore moins de droit d’existence à tamazight dans ses espaces retranchés mais d’une des caractéristiques de l’homme… là où il se trouve.
M. A.-O.

* Universitaire
Bibliographie :
Abdou Elimam Le Maghribi alias «eddarija » (la langue consensuelle du Maghreb), Editions Dar El-Gharb, 2003.
Abdou Elimam Langues maternelles et citoyenneté en Algérie Editions Dar El- Gharb 2004.
Abdou Elimam L’exception linguistique en didactique Editions Dar El- Gharb 2006.
Agnès Florin Le développement du langage Dunod, Paris, 1999.
Steven Pinker L’instinct du langag Editions Odile Jacob février 1999 (pour la traduction française).

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