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 UNE REGION RURALE TRADITIONNELLE DU TELL ALGERIEN AIT YALA (SETIF)

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tikka
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MessageSujet: UNE REGION RURALE TRADITIONNELLE DU TELL ALGERIEN AIT YALA (SETIF)   Lun 17 Jan - 18:32

UNE REGION RURALE TRADITIONNELLE DU TELL ALGERIEN
AIT YALA
[b]Diplôme d’études supérieures
Mémoire principal
Soutenu en novembre
1967 a Grenoble par Mr Messemène Salah


INTRODUCTION
Nous nous proposons d’étudier une région peu connue. Eloignée des grands axes de circulation, montagneuse et pauvre, elle n’intéressa pas la colonisation. Il convient d’abord de la situer avec précision.
Dans le cadre algérien, le pays des Béni Yala, ou plutôt des Ait Yala ( 1 ), nom que se donnent ses habitants, se trouve dans le Tell intérieur à 50 km
du Sud–Sud–ouest de Bougie et à la même distance à l’ouest–Nord–Ouest de Sétif .
Il correspond, sur le plan local, au secteur méridional, de la Kabylie
, adossé à la longue chaîne Est-Ouest des Bibans. Celle–ci d’altitude modeste mais continue, a une importance géographique considérable car elle s’interpose entre deux unités physiques et humaines bien distinctes.
Au Sud s’étale le pays ouvert des Hautes Plaines de la Medjana .
Les populations arabophones s’y livrent à l’élevage et surtout à la culture extensive des céréales. Elles vivent dans des fermes et des hameaux disséminés au milieu de vastes champs, ou occupent des centres dont le plus important est Bordj Bou Arreridj.
La chaîne intercepte les vents chargés d’humidité, et le pays céréalier qu’elle domine de 500m seulement ne reçoit que 400 mmde pluie alors que les précipitations dépassent 600mm au Nord.
Entre les Biban et la mer, tout est à l’opposé des hautes plaines. Le pays est découpé en une série de crêtes et de ravins. La population, très dense, est restée berbérophone; elle vit groupée dans des villages souvent perchés; son genre de vie traditionnel est l’arboriculture fruitière fondée sur l’olivier et le figuier.
Le pays des Ait Yala fait partie de cette dernière unité, mais s’en distingue par ses caractères originaux :
Il occupe le versant même de la chaîne, entre les gorges de l’Oued Bou Sellam et celles de l’Oued Mahdjar. Les habitants appellent cette section des Biban :
la Montagnedes Ait Yala, ou la montagne ( Adrar ) simplement. Le pays est réputé « élevé »et « froid ».
- Naguère partagée entre deux douars de l’ancienne commune du Guergour, Harbil et Ikhligen, la région est réunie depuis l’indépendance en une seule commune, dont le chef- lieu est le grand village de Guenzet.
- La population, très dense jusqu’en 1955 ( près de 16.000 h au recensement de 1954 ), reste nombreux : 8891 h en 1966 pour une superficie totale de 129 km2 - Ce qui frappe le plus, c’est la succession continue des villages et des sources à une altitude constante1100m) et sur 15 km-compris entre 500 et 1500md’altitude, le territoire montre trois zones étagées :
1°. De 500 à 900 m S’étale la zone basse appelée « Sahel ». C’est le domaine de l’olivier qui trouve sa plus grande extension à l’ouest.
2°. Sur la bande étroite est très déclive comprise entre 900 et 1200 m, se pressent les villages, les jardins irrigués et les vergers de culture sèche ; le figuier y est omniprésent.
3°. Au –dessus de 1200 m, est parfois bien avant cette altitude, commence la montagne proprement dite ou « adrar ». Les pentes sont couvertes par des peuplements de chêne vert malheureusement très dégradés ( fig. . 4.)
La situation et l’esquisse de cette région permettent une étude plus approfondie. Avant d’examiner dans une deuxième partie l’agriculture qui constitue, au moins jusqu’à une époque récente, l’activité essentielle des habitants, il importe de connaître les conditions géographiques de Ait Yala. Une première partie sera donc consacrée à l’étude du milieu physique et humain.
L’étude brève de la population sera intégrée à la troisième partie que nous consacrerons à l’évolution de la lutte des habitants pour leur survie, depuis les temps de la frugalité forcée jusqu’à l’émigration massive de ces dernières années. Il s’agit bien d’une lutte, car ce pays très peuplé et très mal doté par la nature.

(1). « Ait Yala » signifie « Ceux de Yala » ; dans cette étude, le
terme désigne tantôt des habitants, tantôt leur pays.


P r e m i è r e p a r t i e.
A. LE MILIEU PHYSIQUE

La nature montagnarde des Ait Yala est répulsive. On ne rencontre nulle part de terrains plats, et les pentes sont très fortes partout. Ceci est lourd de conséquences: les précipitations dont la quantité est satisfaisante n’ont pas l’utilité qu’on pouvait attendre d’elles; une grande partie de l’eau tombée ruisselle; les sols, quand ils existent, sont instables.
Ces inconvénients ne font que s’aggraver par suite de la dégradation de la couverture végétale originelle.
I. LE RELIEF ET LA STRUCTURE
1. L E Relief

Le relief très simple, se compose de trois éléments longitudinaux :
. Au sud, la montagne ( Adrar ). C’est l’armature même de la région.
. Les Ait Yala sont limités au nord par la montagne de Tilla.
. Entre ces deux reliefs s’étend une zone intermédiaire très rétrécie au milieu.
a/ - La Montagne:
La chaîne de Guergour, comme l’appelleront certains auteurs, fait partie d’un ensemble. Son étude débordera donc le cadre local.
Nous savons l’Atlas tellien se compose de deux systèmes montagneux: la chaîne littorale et l’Atlas méditerranéen intérieur. Dans le domaine qui nous concerne, la première est formée de massifs élevés, le Djurdjura ( 2308m ) et les Babors ( 2oo4 m), séparés par la vallée de la Soummam.
Au contraire, la chaîne des Bibans qui flanque au sud cet ensemble se poursuit d’Ouest en Est sur une longueur de plus de 100 km
Les rivières qui descendent des Hautes Plaines la traversent par des gorges étroites et profondes. C’est la section de 25 km, comprise entre les plus orientales d’entre elles, les gorges de l’Oued Bou Sellam à l’Est, et celles de l’Oued Mahdjar à l’Ouest, que nous examinerons .
La montagne des Ait Yala n’est pas très élevée; deux sommets seulement dépassent
1500 m, mais son altitude est soutenue d’une extrémité à l’autre: elle dépasse 1.300 m sur presque toute sa longueur.
Dans le détail, la partie occidentale est très disséquée par les torrents longitudinaux qui rejoignent le Mahadjar haut de 450 m.
Elle forme un anticlinorium au centre; on distingue en effet deux lignes de crêtes enserrant une vallée synclinale; celle du nord est la plus haute, mais c’est la ligne de faîte méridionale qui sert de limite entre la commune de Guenzet et celle de Zemoura.
La partie orientale est très massive, c’est une véritable carapace karstique, s’interrompant brutalement au nord et à l’est par des escarpements vertigineux au pied desquels coule le Bou Sellam, à une altitude de 630 m

b/. La Montagne de Tilla:
La Montagnede tilla est beaucoup plus modeste. Elle n’a ni l’altitude, ni la continuité de l’ Adrar. Atteignant jusqu’à 1374 mau centre, elle s’abaisse rapidement à l’est comme à l’ouest. Elle est fortement démantelée par les cours d’eau qui descendent vers le Bou Sellam et le Mahadjar.
Très rapprochée de l’Adrar, 2 Kmau niveau du village de Tiget elle en est comme le contrefort.
c/. La Zone intermédiaire :
Entre ces deux montagnes parallèles s’interpose une zone basse mais très accidentée. Son unité est rompue par des crêtes transversales c’est au contact de celles-ci avec l’Adrar, que se sont construits les villages les plus importants: Guenzet et Titest.
Il en résulte des compartiments qui correspondent à autant de bassins–versants, sans plus. Les cours d’eau qui les drainent sont des torrents rapides et encaissés. Il ne faut donc pas en voir une zone privilégiée pour la culture. Large à l’Ouest, elle est réduite à la hauteur de Tiget à un simple col dépassant 1100 m
.
2. La Structureet la Géologie
a/. Structure:

La simplicité du relief procède de la structure. Tous les terrains datent du Crétacé.
L’Adrar est constitué par un affleurement continu de marnes et surtout de calcaires du Turonien. Ces roches se présentent en gros bancs d’un blanc grisâtre. Elle sont fortement dolomitisées dont la partie orientale.
Le Turonien repose sur les marno-calcaires du Cénomanien. Cette assise peu épaisse affleure entre 1000 et 1100 m
depuis l’est de Titest jusqu’à l’Ouest de Guenzet. Le contact entre cet horizon imperméable et les masses calcaires, est matérialisé par une ligne de sources abondantes et régulières.
La zone basse correspond à l’affleurement de schistes albien. Mais à l’Est d’Ouled Rezoug, on trouve, comme au sud de la montagne, les sédiments plus récents du Maestrichtien Campanien. Ce secteur, voisin du Bou Sellam, apparenté aux Hautes Plaines tant au point de vue physique qu’au point de vue humain, ne sera pas inclus dans notre étude.
La Montagnede Tilla est un anticlinal aptien dont les bancs calcaires émergent de l’Albien schisteux du Sahel.
Cette structure peu compliquée, suppose un passé géologique relativement calme.
b/. Géologie :
La surrection de la chaîne des Biban est contemporaine du plissement pyrénéen. Elle est donc assez ancienne et l’érosion a eu suffisamment de temps pour réduire la ligne de faîte à une suite de croupes molles.
Les reprises de l’époque alpine ne semblent pas assez fortes pour redonner une certaine vigueur au relief.
L’évènement le plus important reste l’abaissement quaternaire du niveau marin. Le modelé se trouve rajeuni par les cours d’eau qui se hâtent de gagner la mer. Il en résulte l’encaissement des vallées qui présentent des profils en « entonnoir »: la pente s’accélère brusquement quand on s’approche des talwegs; en outre, des dépôts d’alluvions anciennes sont visibles à plusieurs mètres au–dessus du lit actuel de certains cours d’eau. L’érosion s’est donnée libre cours sur les terrains tendres; elle a transformé le paysage en un véritable dédale de ravins et d’éperons. Elle n’aurait certainement pas connu autant d’ampleur sans l’intervention d’un climat relativement humide.

II. LE CLIMAT
Mécanismes généraux et facteurs locaux.
Le climat de l’Algérie découle de l’interaction des masses d’air polaire et tropicale auxquelles s’ajoute l’influence spécifique de la méditerranée. Le pays est tour à tour soumis aux souffles brûlants du désert et aux vents marins chargés d’humidité.
En été, le front polaire est chassé vers le Nord par la montée des anticyclones tropicaux des Açores et du Sahara. De la fin Mai à la mi-Septembre, règne un temps beau et sec. La sécheresse se trouve aggravée quand souffle le sirocco, accentué par son caractère de foehn.
Plusieurs situations se présentent en hiver :
-Quand le front polaire descend avec le recul des cellules anticycloniques subtropicales, les précipitations gagnent toute L’Afrique du Nord.
-Lorsque le front polaire est rejeté au Nord de L’Europe, le temps devient clair et les températures diurnes accusent de grandes variations à mesure qu’on s’éloigne de la mer.
-Il arrive que deux cellules anticyclonique, l’une centrée sur l’Espagne l’autre sur l’Allemagne, ménagent entre elles un flux du Nord–Ouest d’autant plus humide qu’il traverse la méditerranée sur une plus grande largeur. Dans ce cas, les précipitations intéressent l’Est algérien en premier lieu.
A ces mécanismes climatiques généraux s’ajoutent plusieurs facteurs pour déterminer le climat des Ait Yala :
- La position par rapport à la mer; nous sommes ici à 50 km
à l’intérieur des terres, dans le Tell de transition, entre le Tell maritime au Nord et le Tell continental ( hautes plaines constantinoises ) au sud.
- L’influence de l’altitude: presque tous les villages se trouvent à plus de 900 m.
- L’exposition: prise dans son ensemble, notre région apparaît comme un vaste ubac. La montagne reçoit de front les vents marins chargés d’humidité.
Nous allons voir la combinaison de ces facteurs dans l’étude des températures et des précipitations.
1. Les températures
Nous disposons des mesures effectuées de 1924 à 1933 à Guenzet ( 1050 m
)
a/- La courbe annuelle :
La température moyenne annuelle est de 14° 80. cela n’a pas grande signification si l’on n’observe les écarts qu’elle peut présenter.
Elle est la plus basse en Janvier avec 5°. Elle croît ensuite assez régulièrement jusqu’en Juillet, mais c’est en Août qu’elle atteint son maximum avec 25° 05 .
La courbe de Guenzet ne vaut que comparée avec celle d’une station littorale, Bougie par exemple. Dans cette dernière, l’amplitude annuelle est beaucoup plus faible, non pas tant à cause des températures estivales – Bougie est même plus chaude avec 26° 30 en Août – mais par ce que les hivers sont beaucoup plus doux au bord de la mer, la moyenne des mois le plus froid ( Janvier ) y est de 11°90 ( fig. 5 ).
b/- Les étés:
Les étés qui auraient pu être très chauds à Guenzet par suite de la continentalité, sont tempérés par l’altitude et l’exposition face au nord. Les moyennes sont les suivantes pour les mois d’été :
Juin Juillet Août Septembre
GUENZET
MAILLOT 21°95
23°95 24°50
28° 25° 05
25°15 20°80
24°50
La comparaison avec Maillot, station située sur le même parallèle, mais au pied du versant méridional du Djurdjura et à 450 m d’altitude, souligne la « fraîcheur » de Guenzet.
En été l’air est très pauvre en vapeur d’eau, les amplitudes diurnes sont par conséquent très fortes; elles augmentent à mesure qu’on s’éloigne de la mer. Nous pouvons le vérifier en confortant les moyennes des températures maxima de Guenzet et de Bordj–Bou– Arreridj.
Juin Juillet Août Septembre
GUENZET
BORDJ 28°
30°8 30°2
35°6 30°4
34°5 25°6
29°9
Le caractère continental du climat est beaucoup plus accusé à Bordj, station à peine moins élevée ( 925 m) que Guenzet, mais plus méridionale. Cela veut dire qu’en été, l’influence de la mer se fait encore sentir dans les Ait Yala, sauf quand souffle le sirocco.
Le sirocco, vent du sud, s’accompagne d’une forte augmentation de la température. Les maxima absolus peuvent alors dépasser 30° de Mai à Septembre. On a enregistré 38° les 4,5 et 6 Juillet 1929.
Ce vent brûlant et sec arrive progressivement ou souffle brutalement; il dure au total de 20 à 30 jours.
Outres les fortes chaleurs, son intervention provoque des nuages de poussière, une très forte évaporation, et parfois même des invasions de sauterelles. Son action est néfaste sur les plantes comme sur les êtres: les fruits tombent en abondance avant leur maturité; les figues mûrissent rapidement et une grande quantité devient impropre à la consommation fraîche.
Les périodes de sirocco ne durent heureusement pas longtemps. Dans la lutte continuelle que se livrent les influences contraires du Nord et du sud, lutte accompagnée d’orages très localisés, la brise de mer matérialisée par de petits cumulus, finit par s’imposer fin Septembre et le temps se rafraîchit.
c/ - Les hivers:
L’altitude et l’éloignement de la mer contribuent à donner des hivers froids. De Décembre à Mars, la moyenne des températures reste inférieure à 10° ; la moyenne des minima des mois d’hiver ( Décembre, janvier et février ) ne dépasse pas 3°7. Il ne s’agit là que de moyenne le thermomètre descend fréquemment au – dessous de 0.
Des températures négatives sont enregistrées en Mars et en avril. Le gel exerce alors de grands ravages sur la vigne et les arbres fruitiers autres que le figuier. Il arrive parfois qu’il brûle littéralement les rameaux des oliviers d’altitude.
Cependant, même en hiver, l’influence adoucissante de la mer est sensible comme le montre ce tableau des températures minime.
Décembre Janvier Février
Bougie (9)
Guenzet (1050 )
Bordj( 925) 9° 2
3 °7
2 °3 8° 1
2° 2
0° 7 8 ° 5
3 °
1 ° 4
Bien qu’elles soient basses, les températures minima de Guenzet n’atteignent donc pas les valeurs observées dans les hautes plaines est dû en partie à une plus grande humidité.
2 le s p r é c i p i t a t I o n s
a /- Saison sèche et saison humide :
Ce qui frappe le plus dans l’observation de la courbe de températures et de celle des précipitations, c’est leur opposition : les plus chauds correspondent les pluies les plus faibles, au plus froids les précipitations les plus abondantes .
En établissant la liaison entre ces deux facteurs climatiques nous pouvons déterminer la durée de la saison sèche. Bagnoles et Gaus définissent ainsi le mois sec :
« Un mois sec est celui où le total mensuel des précipitations exprimé en mm est inférieur ou égal au double de la température mensuelle exprimée en degrés ».
Aux Ait Yala, quatre mois répondent à cette définition : Juin, Juillet, Août et Septembre. Nous avons donc une saison sèche en été et une saison « humide » le reste de l’année.
b/ - Les quantités:
Avec plus de 600mm d’eau, notre région occupe un rang moyen: plus arrosée que les hautes plaines ( 400 m), elle en est beaucoup moins que les babors et le Djurdjura, massifs à la fois plus septentrionaux et plus élevés. L’abondance des précipitations est due à l’exposition avantageuse, mais aussi à l’altitude. Ainsi, sur le même versant :
- Bougâa ( 852 m) reçoit 592 mm
- Guenzet ( 1050 m) // 689 mm
- Titest ( 1150 m) // 752 mm
c/ La répartition:
Les précipitations sont inégalement réparties sur les mois de l’année. A Guenzet, le maximum se situe en Décembre et en Janvier ( 99 et102 mm). Le minimum en Juillet et en Août ( 7 et 10 mm).
A Guenzet comme à Titest, les quantités d’eau recueillies pendant les mois les plus humides ( Novembre, Décembre et Janvier ) dépassent 40% du total.
En dehors des mois régulièrement arrosés et de la saison sèche, les précipitations sont sujettes à de grandes variations, notamment de Février à juin.
Reprenons tout cela en suivant le déroulement d’une année pluviométrique.
d-L’ année pluviométrique:
Nous distinguons quatre phases dans la courbe des précipitations.
1°- Les chutes de pluies commencent vers le 20 septembre; elles ne cessent d’augmenter jusqu’au 20 Novembre. Ces premières pluies tombent sous forme d’averses violentes et courtes.
intervenant après une longue période sèche, elles exercent une double action :
Action néfaste par leur ruissellement et l’érosion qui en résulte.
Action bienfaisante sur les êtres et sur les plantes: la terre reprend vie; les fruits achèvent de mûrir lentement; l’arrosage des légumes cesse d’être indispensable; l’herbe apparaît mais n’a pas le temps de se développer à cause de la fraîcheur croissante de la température; sans les pluies d’automne enfin en ne peut entreprendre les labours.
2°- La courbe est la plus haute en hiver. Du 20 Novembre au 20Février environ, les chutes sont fréquentes et durent longtemps. La terre s’imprègne profondément d’eau qui provient de la pluie, mais aussi de la fonte des neiges.
La neige fait partie du paysage des Ait Yala. A 1100 m, les villages se couvrent en moyenne d’une couche de 50 – 60 cm
pendant une dizaine de jours, la montagne en reste couverte pendant plusieurs semaines.
La neige tombe également en Mars et même en Avril.
3°- De la fin de Février au 20 Juin environ. La courbe est descendante. En réalité, les pluies de printemps connaissent une grande irrégularité; le mois de Mai peut recevoir plus d’eau que le mois d’Avril et même de Mars.
Les quantités totales tombées en Mars, Avril et Mai sont très inférieures à celles tombées en Décembre, Janvier et Février ( 175 contre 287), mais leur importance est très grande: leur retard ou leur insuffisance peut compromettre le développement normal de la végétation herbacée.
En revanche, les orages s’accompagnent souvent de chutes de grêles Celles-ci revêtent parfois une violence particulière; non seulement elles ravagent les récoltes, mais aussi elles mutilent les rameaux et même les branches (Printemps 1955).
4°. La courbe des précipitations s’affaisse considérablement du 20 juin au 20 Septembre. Les pluies tombant en averses grosses et courtes sont les bienvenues dans la mesure ou elles rafraîchissent l’atmosphère et diminuent un peu l’intensité de l’évaporation, mais on ne compte plus sur les 43 mm
d’eau tombés en juin et Juillet et Août pour cultiver.
Au total, il règne aux Ait Yala un climat caractérisé moins par l’insuffisance des précipitations que par leur irrégularité; des hivers rigoureux en égard à l’équipement défectueux des maisons et des hommes des étés dont la chaleur et la sécheresse semblent s’aggraver à mesure que la couverture végétale se dégrade.


III- LA VEGETATION ET
L’EROSION DES SOLS
1. La végétation

Le pays est le domaine de l’arbre, comparé aux nudités des hautes plaines. Les habitants désignent volontiers montagne et forêt par le même terme. Cette dénomination ne correspond certes plus à la réalité; les formations végétales qui répondent au climat et à la nature du sol, sont dégradées directement ou indirectement par l’homme ( défrichements, pacages et incendies ). Le paysage botanique actuel ne présente presque nulle part son aspect primitif. Cependant, à travers ce qui subsiste, il est facile de le reconstituer par l’imagination.
La végétation appartient au domaine méditerranéen, mais l’étalement du territoire des Ait Yala entre 500 et 1500 m
laisse prévoir une différenciation par étage, les conditions locales ( humidité, exposition et nature des roches ) introduisent des nuances.
a /- L ’étage de chêne vert : ....a suivre

*Je m'excuse auprès de l'auteur au sujet des imperfections(tableau.fig...) sur le sujet.

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MessageSujet: UNE REGION RURALE TRADITIONNELLE DU TELL ALGERIEN AIT YALA (SETIF)suite   Lun 17 Jan - 18:40

a /- L ’étage de chêne vert :
Le chêne vert (Aballout) est l’arbre le plus commun. On le rencontre pratiquement à toutes les altitudes et sur tous les terrains. Il possède en effet beaucoup de qualités, dont la résistance aux mutilations et à la sécheresse. Il prospère cependant dans l’étage montagnard où il trouve suffisamment de fraîcheur et d’humidité; tous les versants en sont couverts au-dessus de 1200m. Ici, on ne lui voit d’autre associé que le genévrier. Son couvert épais réduit le sous-bois à quelques touffes de diss (herbe coupante) et à des genêts épineux.
b /- L ’ étage moyen :

Sur l’horizon imperméable, l’humidité entretenue par les sols et l’exposition face au Nord plus accentué du fait de la forte pente favorise une végétation de type européen les frênes et les ormeaux sont les arbres les plus représentatifs; les peupliers (blancs et d’Italie) signalent souvent le voisinage des sources; les prunelliers les églantiers subsistent dans les haies; les ronces y prospèrent plus qu’ailleurs.

La végétation herbacée est représentée par un grand nombre d’espèces. Croissant bien grâce à la culture et à la fumure, elle fournit aux habitants leur coupe de foin annuelle. Ailleurs, elle reste maigre dans la montagne à cause du déboisement et du pacage, au sahel parce le sol schisteux est sec.
c /- L’oléo–lentisque et le pin :
Dans le sahel pousse un grand nombre d’essences méditerranéennes dominées par l’olivier et le lentisque. Le premier est greffée tandis le second subsiste encore de part et d’autre des sentiers, et parfois à la limite des champs. Les lambeaux du Sahel ayant échappé aux défrichements présentent en outre des caroubiers et une profusion d’arbrisseau comme le ciste cotonneux, le romarin, le genêt et le genêt-jonc.
Le pain d’Alep n’est pas absent de cette association, mais le terrain d’élection se trouve dans la partie occidentale de l’Adrar les pentes de la montagne de Tilla. Ses forêts, sujettes à de fréquents incendies, se régénèrent cependant assez facilement. S’il s’accommode aux terrains rocheux particulièrement secs, ce résineux craint le froid aussi laisse-t-il la place au chêne dès avant 1200 m
Le long des cours d’eau du Sahel prospèrent la canne de Provence, le tamaris et surtout le laurier- rose.
2. L’érosion des sols
a /- L e s sols :

Quelle que soit la nature de leur roche-mère, les sols sont très médiocres ; ils présentent deux graves défauts: la pauvreté en humus et le manque d’épaisseur ( sols squelettes ). Il ne peut en être autrement à cause des fortes pentes et du ruissellement qui s’en suive il y a trois variétés de sols correspondant chacune à un affleurement.
Au-dessous de 1000 m
prédominent les sols schisteux légers malgré leur perméabilité, leur protection est mal assurée la forêt claire d’oliviers.
Les calcaires donnent des sols caillouteux aussi pauvres que les précédents.
Dans l’étage moyen, les sols marneux présentent plus d’aptitudes pour la culture, à condition qu’on leur apporte du fumier l’inconvénient, c’est qu’ils couvrent une surface restreinte très déclive.
b/- L’ hydrographie:
Ces différents sols sont continuellement soumis à la menace d’une érosion particulièrement agressive. Celle-ci s’exerce par un réseau hydrographique très ramifie, mais bien hiérarchisé.
Le cours d’eau le plus répandu est le torrent appelé « ighzer » sa pente est forte sur toute sa longueur.
La réunion de plusieurs « ighzer » forme une « tacift ». Tout en restant déclive, le talweg de ce cours d’eau est peu haché par des ruptures de pente, son lit large de plus de 10 m et jonché de galets, se trouve souvent encaissé, les terrasses ne le bordent qu’en de rares endroits. Ce type est représenté par 4 torrents :
-Tacift El Mavia draine les « Ighzer » à l’Ouest de Guenzet
-Tacift Taghzouit recueille les eaux du bassin-versant compris entre Guenzet et Tiget.
L’une et l’autre rejoignent l’Ouad Mahadjar.
-A l’Est de Tiget, Tacift de Mguerba et Oued Sbaa se développent à l’extérieur de notre région avant de se déverser dans le Bousellam ( fig. 3 ).
Seuls, ce dernier et l’Oued Mahdjar méritent le nom de « acif » (fleuve ! ). Ils ne font que traverser la région, à sa limite d’ailleurs.
c/. Modes d’action – Le ruissellement :
En hiver se produisent des glissements de terrain. Les pentes marneuses de l’étage moyen en sont les plus sujettes; saturées d’eau elles fluent alors à partir des niches de décollement ce mode d’érosion intéresse une portion réduite du terroir son action est donc bénigne, comparée aux ravages provoqués par le ruissellement.
Deux observations permettent se mesurer l’action érosive de ruissellement:

On rencontre souvent de vieux arbres, les chênes en particulier, dont les racines sont déchaussées sur une hauteur de plusieurs dizaines de centimètres.
Les petits ruisseaux traversant la route déposent après chaque forte pluie, d’énormes cônes d’alluvions arrachées aux versants.
Il n’y a là rien d’étonnant quand on regarde tomber la pluie les grosses gouttes attaquent directement la surface du sol; l’eau très chargée ruisselle rapidement et ne tarde pas à se concentrer en petites ravines collectées elles-mêmes par les « ighzer », Deux heures à peine après les premières chutes de pluie, ceux- ci dévalent subitement les pentes dans un fracas assourdissant, ils cessent de couler presque aussi vite.
Le maximum de violence de ruissellement est atteint lors des premières pluies ( Septembre-Octobre ) et sur les versants déboisés par suite d’une longue et intense occupation humaine. En effet, c’est sur les pentes dominant les villages les plus peuplés que le sol emporté par les eaux laisse à nu les bancs calcaires.

B - LES DONNEES HUMAINES

La terre des Ait Yala vaut, non pas par sa nature peu favorable, mais par le labeur de ses habitants. La plupart des pentes sont couverte par les vergers; des villages couronnent les crêtes; on rencontre partout des sentiers et des rigoles d’irrigation bien entretenues. Le paysage porte partout l’empreinte bien marquée de nombreuses générations de paysans profondément attachés à leur sol.

I- UN PASSE MAL CONNU
Région essentiellement rurale, éloignée des grands centres urbains, les Ait Yala ont une histoire mal connue.
Les écrits récents restent rares; les documents, s’ils existent, ne sont pas rassemblés, et les vestiges archéologiques peu nombreux sont difficiles à dater avec un minimum de précision. La toponymie peut apporter quelque contribution, à condition d’en user avec précaution.
Les traditions orales présentent deux sérieux inconvénients il n’est pas facile de vérifier leur authenticité, et puis les récits abondent en anecdotes où la part des miracles et de la légende est très grande.
Pour connaître le passé des Ait Yala, au moins dans ces traits généraux, force est de replacer cette région aux dimensions restreintes dans un cadre territorial plus vaste.
On peut estimer que notre région a connu le même passé que tous les groupements humains voisins qui pratiquent le même genre de vie parlent le même idiome, habitent les même maisons couvertes de tuiles rondes et groupées en une multitude de village.
Ceci correspond à tout le territoire accidenté compris entre les hautes plaines et la mer, drainé par la Soummam: la petite Kabylie occidentale .
1. Les temps anciens

Que cette unité ait été ou non habitée depuis plus de 20 siècle ce qui est certain c’est la persistance chez les habitants d’un vieux fond de civilisation méditerranéenne.
Leur attachement profond à la terre nourricière et leur organisation villageoise font d’eux les véritables descendants des Numides sédentarisés au 11éme siècle av. J.C. par le roi Masinissa.

Bien que faisant partie de la Mauritanie
césarienne, puis sétifienne, notre région ne semble pas avoir subi l’occupation romaine. De fait, les ruines de l’époque romaine jalonnent le piedmont sud de l’Adrar (Sertei), on les retrouve au nord dans la vallée du Bou Sellam (Hammam Guergour), mais non à l’ouest de celle-ci.
Nombre de ces cités en ruine étaient à coup sûr des garnisons surveillant de prés, les turbulents montagnards Ait Yala et autres.

Les « Romains » de la plaine avaient de quoi s’inquiéter. En effet, de nombreuses insurrections s’étaient produites ; celles du III éme siècle furent particulièrement graves: les Bavars ( Petite Kabylie) coalisés avec leurs voisins, les Quinquegentanei (Grande Kabylie) remportèrent de grands succès.
Il ne semble pas que nos montagnards fussent moins indépendants au moyen age, sauf peut –être autour du XI éme siècle. A cette époque Bougie, la capitale hammadite était prospère et très puissante. Il est difficile d’imaginer qu’elle s’était développée sans la collaboration des habitants de son hinterland.

A la faveur de la désintégration post-almohadienne et des luttes que se livraient au XIV ème et au XV èmes siècle les dynasties rivales de Fez, Tlemcen et Tunis, la petite kabyle s’érigea en principauté indépendante, centrée sur la Kalâa
des Ait Abbas, bourg situé sur le versant Nord des Biban à 30 Km environ à l ‘ouest de Guenzet.


2. L’époque moderne et contemporaine

Au XVI ème siècle, le pouvoir turc installé en Algérie réussit à contrôler le versant sud des Biban par l’intermédiaire des Mokrani.
Tout en subissant l’influence morale de cette noble et prestigieuse famille, les populations Kabyles refusaient de se plier à leur autorité directe; ce fut la raison qui poussa le beylerbey d’Alger à fonder la garnison de Zemoura distante seulement de12km de Guenzet. Les turcs construisirent des fortins au cœur même de la Montagne. Aussi, l’un de ceux-ci, appelé « Haouch ou Turki » dominait directement les villages des Ait Yala.

De leurs postes de garde, les « taassast », les habitants eux aussi surveillaient les mouvements de l’ennemi, pour pouvoir prendre leur disposition en cas de danger.

Après la conquête française, la région conserva jusqu’à nos jours une certaine autonomie, non seulement parce que le douar Harbil (chef-lieu Titest ) et le centre municipal d’Ikhligen (chef-lieu Guenzet) étaient administrés par des hommes d’origine locale, mais encore par ce qu’une « administration » parallèle rudimentaire certes, mais représentative, continuait à fonctionner dans chaque village.

Pourtant les Ait yala sont très imprégnés d’influence française. Celle-ce ne s’exerça ni par la colonisation qui ne trouva pas sa place dans cette terre pauvre, et de surcroît très peuplée, ni par l’intermédiaire du centre urbain le plus proche, Lafayette (Bougâa ), chef-lieu de la commune mixte de Guergour, Elle s’était implantée grâce à l’école, la route et l’émigration.

Les Ait Yala furent dotés d’une infrastructure scolaire que peu de secteurs ruraux traditionnels connaissent, avant 1954 il y avait de 2 à 5 classes à Titest, Tiget, Chéréa, Timengache, Aourir et Tiknitchout, les écoles de Guenzet en rassemblaient une quinzaine.

Le rôle de la route n’est pas négligeable. Les contacts avec la ville se sont intensifiés depuis son achèvement en 1918. La route part de Lafayette, traverse le Bou Sellam, puis remonte la vallée de L’Oued Sbaa. Entre Titest et Guenzet, elle suit le flanc de la Montagne en passant non pas par les villages, mais au–dessus d’eux pour des raisons stratégiques sans doute .
Enfin, les séjours des travailleurs en France et dans les villes d’Algérie complètent la formation dispensée par l’école.

Relativement plus évolués, les Ait Yala sont prompts à faire leurs toutes les idées avancées. Ils participèrent nombreux à l’insurrection de 1871, et lors de la guerre d’indépendance, leur contribution à la lutte a été particulièrement importante tant dans leur région qu’à l’extérieur.
3- Ait Yala
a /- Peuplement:

Ce serait une erreur de croire que cette région était restée repliée sur elle-même. S’ils défendaient avec tant d’acharnement leur indépendance, ses habitants savaient apprécier le prix de la liberté aussi ne marchandaient-ils pas leur hospitalisation aux personnes venues chercher refuge chez eux.

A toutes les époques, la population indigène avait accueilli des éléments venus de partout, mais principalement du sud. Les uns étaient des missionnaires, les autres furent attirés sans doute par les faveurs d’une nature moins sèche beaucoup auraient été des rebelles venus de tous les horizons et surtout des habitants de régions plus méridionales, fuyant un pays peu sûr. Ainsi, Yala était un citoyen de
la Kalaa
des Beni Hammad. Ce fut à la suite de l’invasion hilalienne du XI ème siècle qu’il quitta sa ville pour s ‘établir dans le pays qui porte désormais son nom. Cet éponyme est l’ancêtre d’un petit nombre seulement de familles.

Les habitants des villages situés à l’Ouest de la région semblent être venus plus tardivement; plusieurs indices le montrent:


-Ceux-ci sont de petites dimensions;
-Ils n’occupent pas comme les autres des sites et des situations privilégiées; leurs champs sont gagnés péniblement sur la forêt de pin et ils manquent d’eau;
-Les familles qui vivent sont souvent apparentées et se réclament d’un ancêtre commun. Ainsi, celles de Tiguert et de Tamalout descendent de Sidi Mohand-ou-Kerri dont le mausolée, une mosquée d’allure monumentale, se trouve sur une montagne voisine, à côté des ruines de l’ancien village.

On recontre également aux Ait Yala quelques familles, sinon d’origine, du moins de nom turc.
b/. Société

La population actuelle résulte de brassage entre les éléments indigènes et les immigrants venus progressivement et en petit nombre, voire individuellement, de sorte qu’ils s’assimilent rapidement.

Elle est entièrement musulmane, et dans l’ensemble d’origine berbère, bien qu’ici comme ailleurs, une fraction, les Marabouts, se réclament d’origine arabe; certaines familles se disent même « chorfas » c’est à dire descendant du Prophète. En vérité, les uns se targuent de cette « qualité » par ce qu’ils ont pour ancêtre le saint local dont le mausolée est l’objet d’un culte populaire fervent; d’autres, sans doute parce que leurs aïeux étaient venus de régions déjà arabisées.

Quelles que soient leurs origines, les Marabouts constituent un clan (« branche ») à part dans le village, Quelques particularités les distinguent des « Kabyles »:
-Les lettrés en arabe se recrutent souvent parmi eux;
-Leurs femmes ne sortent pas ouvertement, et de ce fait participent peu aux travaux champêtres, sauf dans les petits villages.
-Les Marabouts ne se marient que dans leur « branche » pourtant leurs ancêtres prirent des épouses Kabyles, raison pour laquelle, de nos jours, ils appellent leurs hôtes « Khali » ( oncle maternel ).

Hormis ces particularités, tous les hommes forment une société unie dans son genre de vie et ses aspirations. Il règne aux Ait Yala un esprit égalitaire très poussé: on n’admet ni la richesse, ni la pauvreté. Les paysans possèdent tous leur lopin de terre qu’ils cultivent eux-mêmes. L’égalité est aussi politique: les hommes reconnaissent avant tout autre autorité celle de la « Djemaa », assemblée élue à raison d’un membre par « branche ». Ses attributions se sont certes peu à peu amenuisées, mais elles n’en demeurent pas moins réelles:
-Les litiges lui sont soumis, et ce n’est qu’en cas d’échec que les plaignants s’adressent à « Dieu et son prophète » ( justice musulmane).
-C’est la djemaa qui collecte les fonds et organise les travaux d’utilité publique: construction de fontaines, entretien des chemins, …etc.
-Elle recrute et révoque les deux « fonctionnaires municipaux », le cheikh de la mosquée et le berger.
- Elle veille enfin à l’application de règlements tels que l’interdiction de mener paître les chèvres dans le jardin.

Son autorité, plus morale que réelle, varie dans le temps et d’un village à l’autre. Bien entendu, cette organisation sociale est rendue possible par le groupement de l’habitat, Il n’y a que des villages les écarts, très rares, du reste sont apparus récemment.
II – LES VILLAGES ET
LA MAISON...........a suivre


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MessageSujet: UNE REGION RURALE TRADITIONNELLE DU TELL ALGERIEN AIT YALA (SETIF)suite   Lun 17 Jan - 20:09

II – LES VILLAGES ET
LA MAISON
1- Les villages
a/ - Situation et Site:

Les villages, nous l’avons vu, s’échelonnent à mi-versant sur toute la longueur de la Montagne, comme les sources qui les avaient sans doute attirés . pourtant, ils s’élèvent sur les saillants, alors qu’elles sourdent dans les rentrants. Aussi, l’approvisionnement en eau représente une lourde corvée.

Leur site est imposé par les nécessités de défense; ils s’établissent sur la partie supérieure des éperons qui se détachent plus nettement du corps de
la Montagne; les villageois peuvent ainsi, tout à la fois, dominer le paysage en contrebas et observer les pentes de l‘amont.
b / Le village

Les maisons se pressent sur le faîte de l’éperon, puis débordent sur le versant le moins raide.

Les ruelles, d’un tracé irrégulier, sont entrecoupées par des alignements de pierres ancrées au sol, destinés à enrayer le creusement des eaux de pluie; leur largeur doit être suffisante pour permettre le passage d’une bête de somme chargée d’un filet de paille.

Chaque village est le point de jonction de deux voies principales: un chemin longitudinal reliant les villages entre eux; son rôle a décliné depuis la construction de la route qui lui est parallèle, et un chemin transversal qui mène de l’amont vers l’aval de
la Montagne vers le Sahel.

Sur ces axes principaux qui évitent souvent le centre du village, se greffent les sentiers secondaires conduisant aux sources et aux jardins.

Le village comporte des espaces non bâtis, au centre ou à la périphérie; c’est la qu’on rencontrait les pressoirs rustiques; aujourd’hui, seules les meules couchées sur le sol témoignent d’un passé récent.
Chaque village possède sa mosquée; c’est naturellement l’édifice le plus imposant tant par sa grandeur que par son architecture. La djamaa sous laquelle se réunissait l’assemblée ( d’où son nom) et où se postaient les gardiens du village, a disparu de partout.
c/- Les différents villages:

Les villages qui répondent le mieux à cette description sommaire, sont les plus nombreux. De l’Est à l’Ouest, nous avons .
-Dans le groupe de Harbil: Bou Hallouf, Atoubou, Tiget et Tiguert Ndrar.
-Dans celui de Cherea: Cherea, Taourirt Tamelalt, Ighil.
-Tizi Medjver, Timengache et Taourirt Yakoub dans ce qu’on appelle les « Ait Yala centraux »
-Thammast et Aghlad n’ Salah enfin, dans le groupe Ikhelijen.

En règle générale, leur terroir arboricole se trouve au voisinage et en aval, leur terroir sylvo-pastoral à l’amont. Ce sont ces villages qui disposent des sources abondantes dont il est parlé plus haut.

Les petits villages sont plus rares. On les rencontre en contre bas des premiers: Ighoudane, Foumlal, et à l’Ouest, à la lisière de la forêt de pin: Issoummar, Tiknitchout, Tiguert, Tamalout et Tighremt. Ces derniers ont gagné une partie de leur terroir sur la forêt de pin les défrichements se sont poursuivis jusqu’à nos jours. Faute de sources importantes, ces villages possèdent très peu de jardins irrigués; il en est même d’Aourir.
Aourir se distingue des autres villages par son isolement au milieu de la zone de l’olivier, sur le sommet d’une colline de 800 m, prolongement de la Montagne
de Tilla. Il est plutôt apparenté à ceux qui se succèdent, perchés comme lui, en direction de la vallée de la Soummam. Ses habitants ne se considèrent d’ailleurs pas comme de véritables Ait Yala, pas plus que les villageois de Mguerba.
Mguerba et les villages voisins (Mouriana, Ksentina, Laazib) dont les habitants sont en partie arabophones, occupent les pentes Nord-Est de Tilla. Ils ne sont mentionnés dans cette étude que parce qu’ils font partie de la nouvelle commune de Guenzet.
D/. Guenzet et Titest:

De tous les villages, les plus importants sont Titest et surtout Guenzet.

Titest était le chef-lieu de l’ex-douar Harbil. C’est le siège d’un bureau de poste et d’un marché hebdomadaire fréquenté le lundi par les hommes de Harbil. Ceux-ci sont attirés les jours de semaines par quelques boutiques et cafés maures. Au sud, non loin de Titest, se trouve la maison forestière de Guert.

Guenzet est une agglomération réunissant les fractions de laraf, Ait Sidi Amar et Ihaddaden. C’est, depuis longtemps, le plus gros village de la région. Un « voyageur »français cité par Carette, estimait la population de Guenzet vers 1845, à 700 – 800 h . L’auteur ajoutait; « les maisons sont construites avec soin, couvertes en tuiles et en général blanchies à la chaux. Quelques-unes unes sont bâties dans le goût des maisons d’alger avec étage et galerie … (Guenzet) possède une grande mosquée surmontée d’un minaret. Il relatait à propos du marché: « le mercredi des Beni Yala se tient prés du village de Guenzet; les Beni Yala y vendent des burnous, de l’huile et des fruits secs ».

Le village est né au point de contact d’une crête de direction méridienne, avec le versant proprement dit de
la Montagne. Bâti à la fois sur celui-ci et celle-là, il contrôle la voie Est–Ouest et le chemin qui suit la crête en direction du Nord. Guenzet est un site défensif d’où l’on jouit d’un vaste panorama. Son approvisionnement en eau est assuré par une grosse source captée seulement il y a quelques années.

Avec de tels avantages, le village est tout désigné pour jouer le rôle de pôle local d’attraction. C’est d’abord le centre d’un marché qui se tient tous les mercredis sur la place de
la Mosquée où aboutit la rue principale bordée de boutiques et de cafés.

Pour beaucoup d’hommes; Guenzet c’est d’abord la poste où arrive l’abondant courrier des émigrés. Le village est aussi, rappelons le chef-lieu d’une importante commune.

A part les constructions de caractère plus ou moins urbain que sont les boutiques, les écoles les huileries, etc.,. Constructions bien localisées du reste, les maisons de Titest et de Guenzet ne diffèrent pas de celles des autres villages; ce sont pour la plupart des maisons rurales.

2- La Maison

Etudier la maison kabyle des Ait Yala, c’est rechercher en quoi elle est adaptée au milieu, d’où elle tire ses matériaux et comment en tant qu’outil de travail du paysan, elle remplit sa fonction.

Il serait hasardeux de la classer d’emblée dans telle ou telle catégorie. Bornons-nous simplement à la décrire telle qu’elle se présente. Précisons qu’il s’agit de la maison rurale traditionnelle.
a/ . L’aspect extérieur :

La maison est des plus élémentaires. C’est une construction sans étage ni cave, avec un toit à double pente.

Ses dimensions sont petites: 6 à 8 m
environ pour la largeur et la hauteur, le double pour la longueur.

Ses murs sont faits de pierres provenant de la Montagne
et jointes avec un mortier de terre; la charpente est constituée par des rondins en frêne, en ormeau ou en peuplier, disposés suivant la longueur; la poutre-maîtresse repose sur le sommet des pignons, et de part et d’autre de celle-ci sont disposées une ou deux autres, suivant la largeur de la maison. La toiture est supportée par un lit de chevrons qui ne sont autre que de jeunes genévriers ébranchés. Pour éviter la chute des tuiles par glissement ou sous l’action du vent, on applique sous celles qui sont en canal quelques mottes de boue et on immobilise avec des pierres les tuiles périphériques .

La maison s’ouvre par une porte large et basse placée au milieu d’un des longs côtés, et par une petite fenêtre à l’amont du même côté. En outre, les pignons sont munis d’une espèce d’œil-de-bœuf destiné à évacuer la fumée.

La maison est simple vue de l’extérieur, elle l’est moins quand on y pénètre
b /- L’intérieur :

Un mur sépare la maison en deux parties inégales et s’interrompt à 2 m
de la porte. En rentrant, nous avons à l’amont la partie principale appelée « aouns », et en contrebas « addaïnine », partie réservée aux animaux: l’âne (ou le mulet ) est attaché au fond, les chèvres plus en avant. A cette écurie-étable, est superposée la « taaricht », réduit bas et sombre, sorte de combles qu’on utilise suivant les cas, pour entasser les récoltes, la nourriture du bétail et les objets dont on se sert le moins souvent.


L’habitation, aounes, consiste en une pièce unique qui fait office à la fois de salle à manger, de chambre à coucher et de magasin à provisions. Cette polyvalence ne suppose pas, il est vrai, un mobilier varié, voyons en quoi consiste l’équipement qu’on retrouve presque invariablement partout. Chaque côté de l’habitation remplit son rôle.
Le mur de pignon est renforcé sur une partie de sa longueur par une construction appelée « lakdhar ». C’est un parallélépipède de 4 à 5 m de longueur, 2mde hauteur et 1 m
d’épaisseur, où se creusent trois niches en arceaux. Devant celle du milieu, la plus large, se trouve le « canoun » (foyer); les autres servent de placards et de garde-manger; la maîtresse de maison y range les habits et y entrepose les œufs, le beurre, la graisse et les condiments qu’elle garde avec vigilance. De part et d’autre de lakdhar deux grosses jarres en boue séchée, « les akoufi » occupent les coins; elles renferment du grain .

Les « akoufi » sont les éléments qui attirent le plus l’attention du visiteur. Certaines reposent sur « lakdhar », d’autres s’alignent le long du mur de la porte, à côté des jarres d’huile. Ici, ils contiennent des figues, de la farine et du son.

Face à la porte, le mur de « tarkount » comporte les pièces fixes de métier à tisser: les anneaux et les perches verticales; une foule d’objets ( poteries, verrerie, quincaillerie ) le décore; le coffre autrefois richement sculpté, rapporté par la mariée, y occupe une bonne place .

Dans le mur de séparation, sont plantés de gros crochets qui soutiennent la literie: la natte en alfa et les couvertures de laine multicolores. Ce mur, nous l’avons vu, s’interrompt du côté de la porte mais assez souvent aussi de côté opposé, de telle sorte que l’âne passe sa tête dans l’habitation des hommes.

Les ustensiles d’usages courant, en bois ou en terre: plats, marmites, pilon, etc.….Sont rangés à leur place habituelle.
c/- les annexes :

A l’origine, la maison ne comportait pas d’annexe; les hommes prirent ensuite l’habitude de délimiter devant leur maison une cour à l’aide d’une haie en branchages.

La maison s’ouvre actuellement sur une courette qu’un haut mur protège des regards indiscrets. On y accède de dehors par un large portail à deux battants qu’on ouvre pour permettre le passage des bêtes de bât; les personnes empruntent la portière pratiquée sur l’un des battants.

Le portail est suivi d’un préau au toit à double pente, ouvert largement sur la cour. La surface de celui-ci est surélevée de part et d’autre d’un passage central. . On y dispose du bois en hiver, la charrue, le bât, les oliviers etc. ,, ; on y habite même l’été. Un étage se superpose parfois au préau: il sert de magasin à provision ou, le plus souvent de salle de réception; il est pourvu dans ce cas d’une porte s’ouvrant sur la ruelle.


On construit de moins en moins sur le modèle traditionnel depuis une vingtaine d’années. Les maçons bâtissent maintenant des maisons à éléments séparés. Le goût des habitants penche d’une part vers les constructions à étage, et d’autre part vers la réunion des pièces autour d’un atrium .
Cette évolution n’est pas le propre de la construction; elle caractérise comme nous le verrons l’ensemble du genre du vie.

La maison était faite pour le paysan qui y habitait avec sa famille, abritait ses provisions dans les « akoufi » et les jarres, son bétail peu nombreux dans l’addaïnine et une petite quantité de foin et de paille dans les combles. Ce type de maison justifié donc par l’activité agricole traditionnelle, disparaît à mesure que les paysans cessent de tirer l’essentiel de leurs ressources du travail de la terre.

Deuxième Partie

L’AGRICULTURE
Caractères généraux de L’agriculture

Toute la population des ait Yala se livre à l’agriculture. Les terrains susceptibles d’être mis en culture –presque toutes les pentes accessibles situées au-dessous de 1200 m- ont été défrichées sous l’effet de la pression démographique. A une époque très récente encore, on a pu voir des paysans s’attaquer aux bancs calcaires pour « créer » des sols et y planter des figuiers.
La tendance se renverse aujourd’hui; les habitants sont las de se dépenser pour de maigres profits.
Comme presque partout en économie traditionnelle, on pratique une agriculture de subsistance. Les paysans s’efforcent de produire eux même tous les biens de consommation courante :
La propriété doit donc comprendre des parcelles complémentaires du terroir ; elle est morcelée pour cette raison d’abord, et ensuite à cause de l’accroissement de la population. Aujourd’hui, elle reste indivise dans la plupart des cas, non pas par respect de la coutume qui veut que la propriété reste dan les mains de la famille patriarcale, mais plutôt parce qu’on est parvenu à un stade ou il est pratiquement impossible de poursuivre le partage entre les héritiers.
Les limites compatibles avec le plein emploi de la main d’œuvre familiale et l’assurance d’un revenu suffisant à une famille pour subsister, sont atteintes depuis plusieurs générations déjà.
Dans de telles conditions, le mode d’exploitation est naturellement le faire – valoir direct ; mais des formes d’entraide sont largement pratiquées, aux périodes de presse notamment.
Il convient de ne pas s’étendre sur les considérations d’ordre général, car chaque portion du terroir possède ses caractéristiques spécifiques suivant la distance du village, la présence ou l’absence de l’eau et la nature du sol. Cependant, comme dans la végétation, c’est la distinction par zone qui s’impose.
Nous étudierons donc ces zones et les cultures qui y sont pratiquées : d’abord le Sahel et la culture de l’olivier, les parcelles de culture sécher ensuite, et enfin les jardins irrigués.
Nous verrons ensuite l’exploitation de la montagne, et nous terminerons cette deuxième partie par l’étude de l’élevage.

I – Le SAHEL, Les OLLIVIERS et L’HUILE
1 – L’oliveraie

Les deux tiers environ des 7000 hectares
cultivés sont occupés par des oliviers (fig. 9 ). Le paysage du Sahel présente donc sur une vaste superficie des crètes et des éperons au sol nu moucheté par les oliviers et quelques caroubiers.

Les champs s’appellent « iharkane », mot qui contient la racine arabe du verbe brûler. Cela nous améne à formuler l’hypothèse de la destruction par le feu de la végétation originelle. Parmis les plantes qui ont repoussé, l’homme n’a gardé que les oléastres greffés par la suite. Les parcelles, de 1 à 5ha
environ, n’apparaissent pas ; leur limite, quand elle n’est pas un ravin ou un chemin bordé de lentisque n’est indiquée que par des repères espacés.
La propriété est morcelée : une même famille pouvant posséder une parcelle à un endroit et une autre à plusieurs kilomètres plus loin ce que n’on appelle parcelle peut se réduire en fait à quelques oliviers, voire même à un seul.
Les « iharkane » d’un même village étaient sans doute rassemblés à l’origine dans un secteur déterminé ; Les propriétés des habitants de villages différents se sont interpénétrées plus récemment.
Le sol schisteux et sec domine largement. Ce qu’on appelle la « grande terre », le sol assez profond de couleur ocre ou jaune, n’existe qu’en de rares endroits. En altitude, l’olivier couvre les « isoummar » (sing. . asameur = l’adret) jusqu’à 1000m ; sa limite est plus basse sur les versants exposés au nord (imoula, sing. amalou).
Plus encore que du gel qui intervient rarement, notre arbre souffre assez souvent de la casse occasionnée par la neige. A ces deux fléaux, s’ajoute l’invasion périodique de nuées d’étourneaux qui opèrent sur les récoltes de graves ponctions.
2. U n e C u l t u r e P e u S o i g n é e
La culture de l’olivier est la plus négligée, en partie à cause de l’éloignement des champs ; ceux – ci sont visités deux fois par an pour la cueillette et pour les travaux.
Ceux-ci consistent en un labour au début du printemps, suivi d’un deuxième en automne chez les paysans les plus attachés à la terre. Ce travail s’exécute à l’aide de l’araire antique tirée par une paire de bœufs ou de mulets. Composée de deux pièces en bois et d’un soc en fer elle est suffisante pour les sols légers et déclives de ait yala. L’attelage des mulets est devenu le plus employé, par ce que le plus rentable, ces animaux continuant à fournir du travail en de hors des labours. D’autre part, comme les cultivateurs n’en possèdent qu’un seul, ils se groupent à deux pour labourer leurs champs respectifs. Les rares propriétaires d’une paire de bœufs louent leur travail et celui de leurs bêtes.
Dans le champ, le laboureur est suivi par d’autres travailleurs souvent ses fils ; avec la hache- pioche (agelzim), l’outil le plus répandu ils retournent la terre là où le soc ne peut pas passer. Ils coupent les rejetons poussant à la base de troncs ; les plus beaux sont plantés dans un espace jugé vide et greffés quelques années plus tard, les autre sont utilisés pour la construction de petits barrages à travers les ravines.
La superficie des propriétés est comptée en jours de labour ainsi, une propriété ordinaire à une superficie de 1 à 2 jours, une « grande » jusqu’à 15.
Les oliviers ne sont l’objet d’aucun autre soin. La rareté du fumier et l’éloignement des champs font que ces arbres ne reçoivent presque jamais de fertilisant. La taille se réduit à un émondage sommaire pratiqué au moment de la cueillette avec une hachette – herminette. D’ailleurs, cette opération est plutôt destinée à faciliter le gaulage des fruits
3 - La Cueillette
A cause de la distance et de l’incertitude du temps hivernal la cueillette prend le caractère d’une expédition ; toute la famille est mobilisée, on sollicite en outre l’aide des villageois, aide rarement refusée, pour constituer ce qu’on appelle « Tiouisi ».
Afin de ne pas briser les rameaux rendus rigides par le froid les gauleurs attendent l’arrivée du soleil pour commencer leur travail les femmes et les enfants s’occupent du ramassage des fruits après s’être réchauffés les mains. L’effort est soutenu toute la journée par des cris de joie, et on ne mange sa ration de galette et figues que sur le chemin du retour.
Les olives sont chargées dans des paniers jumelés sur les ânes et les mulets qui remontent péniblement vers les villages.
Pendant deux semaines, les sentiers et les champs du Sahel se remplissent d’animation ils retrouvent ensuite, pour un an, leur triste solitude.
La production est très variable d’une année à l’autre. Lors des bonnes années, une propriété de 3 jours de labour donne 40 à 60 mesures (doubles décalitres) d’olives, ce qui fait 160 à 200 litresd’huile.
4. L’ h u i l e
A part une quantité infime consommée sous forme de fruits séchés ou préparés, les olives sont transformées pour donner de l’huile.
a/. La fabrication
Les olives ramenées du Sahel sont entassées sous un appentis ou sous le préau, on attend les premières chaleurs du printemps pour les traiter dans les moulins rustiques les fruits sont écrasés sous une meule verticale mue par un mulet ; la pâte obtenue est mise dans des
escourtins en alfa empilés sur un plat en bois reposant une murette. La pression sur les escourtins s’exerce à l’aide d’une vis verticale également en bois, actionnée par deux adultes, hommes ou femmes.
Il y avait de deux à quatre appareils de ce genre dans chaque village, et beaucoup plus à Aourir et à Guenzet ; il n’en reste plus que quelques-uns uns. Les olives sont traitées maintenant tout de suite après la cueillette dans des moulins couverts et chauffés, dont certains sont entièrement motorisés. Ces « pressoirs français » sont une dizaine, la moitié se trouvant à Guenzet.
Leurs propriétaires prélèvent 1/10 de la quantité d’huile obtenue et une partie des tourteaux pour chauffer leur atelier. Les possesseurs de pressoirs rustiques traitent la pâte une deuxième fois, l’huile ainsi recueillie leur appartient. Dans un cas comme dans l’autre le paysan obtient 4 ld’huile par double-décalitre d’olives.

b/. Destination de la production :
Bon an mal an, la population des Ait Yala parvient à satisfaire ses besoins en huile, besoins énormes quand on pense que chaque personne en consomme en moyenne10 lpar an.
L’exportation, très importante autrefois, est devenue modeste et irrégulière depuis une trentaine d’année. Néanmoins, de notables quantités sont envoyées aux parents émigrés, ou commercialisées en dehors de la région ( au moins jusqu’en 1955).
L’huile était échangée contre les céréales du pays arabophone par des muletiers, ou transportée par camion en direction de Sétif, Constantine et Biskra notamment.
Outre les olives, le Sahel produit quelques caroubes qu’on donne aux bêtes, dans sa frange supérieure, la plus proche des villages par conséquent, les figuiers se mêlent aux oliviers pour se substituer complètement à eux à partir de 900 - 1000 m
.
II. Les JARDINS de CULTURE SECHE
« AVAALI »

Sur une bande longue de plus de 15 kmet étroite (1 à 2 km), le paysage change complètement par rapport au Sahel. Les villages et vergers se pressent entre 900 et 1200 m ; mais les masses compactes des jardins irrigués contrastent violemment avec les versants couverts par une végétation clairsemée qui laisse apparaître un sol couvert au printemps et nu le reste de l’année. Ces portions de terroir réservées à la culture sèche seront étudiées en premier lieu.

1. L’avaali
a/. Le paysage agraire :

Les jardins de culture sèche, au contraire des champs d’oliviers, sont d’ordinaire délimités par des haies vives. Les défricheurs ont préservé autour de leurs nouvelles propriétés tout ce qui pousse à l’état sauvage : les chênes, les églantiers, les prunelliers, les azeroliers et surtout les ronces. La clôture est renforcée parfois par des murettes de cailloux provenant de l’épierrement. Il résulte de ces haies vives et des chemins qu’elles bordent, comme un paysage de bocage.
A l’Ouest de Guenzet, les clôtures deviennent rares ; en revanche, du fait de la pente plus forte et de l’affleurement des calcaires on voit apparaître dans les paysages des murettes de pierres horizontales.
Dans l’unité initiale délimitée par une haie, sont taillées par suite du partage entre les héritiers, plusieurs parcelles séparées par de simples points de repère : des pierres ancrées au sol par exemple. La propriété familiale est beaucoup plus petite que dans le Sahel.
b/. L e s Sols :
Les sols sont variables ; compacts quand ils proviennent des marnes, schisteux au voisinage du Sahel, souvent légers et pierreux en altitude. Les paysans les enrichissent périodiquement par des apports de terreau, parfois même avec du fumier. (Le terreau provient des dépotoirs qui bordent les villages ).
Dans l’ensemble, le sol travaillé est perméable ; toutefois, quand il y a danger de ravinement, les cultivateurs creusent à l’amont de leurs champs, des rigoles pour conduire les eaux de pluie dans les « Ighzer ».
Sur cette partie du terroir à laquelle on peut difficilement donner un nom, est pratiquée une polyculture complexe ; en effet, chaque parcelle est à la fois un pré, un champ de céréales, un potager et surtout un verger de figuiers
.
2. L e s Figuiers
a/. Une culture peu rationnelle :

Les figuiers sont plantés sans ordre et à des époques différentes, si bien qu’on en trouve de grandeur et de densité variables. Dans un même verger, une gamme très large de variété est représentée on y cueille des fruits de toutes les formes, de toutes les couleurs et de toutes les grosseurs.

Ce qu’on appelle figuier est souvent un bouquet d’arbres, les paysans ayant l’habitude de planter dans un même trou plusieurs rejetons. Parvenus à un certain âge, les troncs et les branches s’entremêlent et la taille consiste souvent à supprimer les plus vieux…ou les plus jeunes, selon que le « praticien » s’intéresse à la production des années prochaines ou se préoccupe d’un avenir plus lointain. L’opération est nuisible en tous les cas, le figuier étant particulièrement sensible à ces mutilations.
b/. L e s Soins :
Le figuier n’est pas cultivé très loin des villages parce qu’il nécessite une intervention fréquente de l’homme, tant pour les soins que pour la cueillette.
Les façons culturales consistent en un piochage du verger pratiqué au début de l’été, après la récolte du foin. Les bons cultivateurs brisent les mottes, au moins autre des troncs. On ne laboure pas, non seulement parce que la surface des vergers est réduite, mais encore à cause de la difficulté de faire passer la charrue entre les arbres trop rapprochés. Les figuiers bénéficient d’un deuxième piochage en automne quand on pratique une culture annuelle.
Les piocheurs prennent également le soin de couper les rejetons poussant au pied des arbres. Après la chute des feuilles, on enduit de bouse les rameaux les plus proches du sol ( pour les préserver du froid ? )
A côté de ces travaux réguliers, les paysans, au hasard des jours, exécutent quelques greffes, plantent des rejetons ou suppriment les rameaux parasites.
L’opération la plus importante reste la caprification. La récolte en dépend car celle-là a pour but d’empêcher la chute des figues avant leur complet développement. Pour cela, on cueille les fruits de figuiers mâles ou dokkar poussant en basse altitude ; après les avoir réunis en chapelets, on les suspend aux rameaux des figuiers ordinaires des insectes hyménoptères sortent des premiers et se répandent sur les figues encore jeunes. Pour s’assurer de son efficacité, on répète l’opération plusieurs fois.
La caprification est malheureusement négligée depuis quelques années ; la production s’en ressent.
c/. La cueillette des figues :
La cueillette se fait au fur et à mesure de la maturation des fruits, laquelle s’échelonne sur un mois. Une partie des figues est consommée fraîche, souvent sur place. La plupart des fruits achèvent de mûrir est tombent dès qu ‘on secousse les branches avec un crochet. Ils sont ramassés alors et exposés au soleil sur des claies en diss où ils finissent leur dessiccation. Tous les membres de la famille participent à la cueillette, mais ce sont les femmes qui s’occupent du calibrage et de l’emmagasinage dans les « akoufi.
Les figues jouent un rôle considérable dans l’alimentation des Ait Yala. On en mange tous les jours pendant une grande partie de l’année. Une famille de 6 personnes consomme en moyenne 8 à 10 doubles décalitres de fruits secs. Rares sont les familles qui n’en récoltent pas leur provision annuelle ; une partie des surplus leur est alors offerte ou vendue. On expédiait naguère de notables quantités de figues au pays arabophone pour les échanger contre des céréales. L’exportation déjà peu importante et irrégulière avant 1950 a
cessé depuis, malgré la diminution de la consommation, c’est dire combien la production a baissé.....a suivre


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MessageSujet: UNE REGION RURALE TRADITIONNELLE DU TELL ALGERIEN AIT YALA (SETIF)   Lun 17 Jan - 20:17

3. L e s a u t r e s c u l t u r e s
a/. Les cultures en champ
Le verger est également un champ. Le paysan y cultivé de l’orge pour réduire ses achats de céréales. Il pioche en automne, après avoir répandu la semence à la volée. La moisson se fait avec la faucille ou même à la main ; le dépiquage consiste en un piétinement des gerbes répandues sur une aire aménagée, par des ânes ou des mulets. Le mélange ainsi obtenu est projeté en l’air à l’aide d’une fourche en bois, le grain tombe sur place et la paille, entraînée par la brise, se dépose un peu plus loin.
On pratique la jachére biennale pour ne pas épuiser le sol, mais aussi pour pouvoir récolter du foin.
Cette culture a décliné dès avant 1950, les habitants ne consomment pratiquement plus d’orge ; de plus, l’abondance relative de la monnaie permet de se procurer facilement des céréales importées par camion.
La deuxième culture en champ est représentée par les fèves. Le paysan n’ensemence que quelques ares ; il n’a en vue que la consommation de légumes frais de printemps ; le reste du terrain est laissé au foin coupé au mois de Mai.

b/ Le potager et les semis :
Dans un coin de jardin bien exposé au soleil et attenant quand c’est possible à la maison, une terrasse est aménagée pour les légumes d’hiver et les semis.
La terre enrichie par des apports de fumier, de cendre et de terreau, devient très meuble ; il devient facile aux femmes de la travailler pour y planter des artichauts, des oignons, des ails et du coriandre.
Au printemps, elles y sèment des piments et des tomates sur une surface réduite mais bien fumée et exposée ; les plantes qui s’y lèvent sont repiquées au début de l’été, dans les jardins irrigués. Les femmes entourent ces petites cultures de soins attentifs ; elles ne se lassent pas de biner et de sarcler ; elles en défendent l’accès aux poules par une haie en branchage ; les oiseaux en sont écartés par des épouvantails ; quand les pluies se font attendre, elles s’en vont chercher des outres d’eau pour arroser les semis.
c/ Les autres arbres fruitiers :
Outre les figuiers, le paysan possède dans son verger quatre ou cinq de ces arbres : abricotier, prunier, amandier, pommier, poirier, azerolier, etc., …
La vigne est plus répandue ; il s’agit souvent d’un seul pied qu’on multiplie par marcottage. Les sarments sont soutenus par de jeunes arbres coupés dans la forêt. Le cep s’élance parfois sur des arbres, aux abords de la maison et dans la cour, il forme une treille.
A cause de la négligence et probablement de phylloxéra, la vigne, au raisin très renommé, dépérit actuellement, même dans les jardins irrigués.
III. LES JARDINS IRRIGUES
Les jardins irrigués ( “tivhirine” ) sont la fierté des Ait Yala chaque famille tient à en avoir un, si petit soit-il.
Le jardin est l’annexe quasi indispensable de la maison on passe une partie de son temps de Mai à Octobre, appelé en principe par des travaux divers. En réalité, nul ne l’ignore, dans un pays où la population est chroniquement sous-employée, les hommes vont au jardin plutôt pour occuper leurs loisirs, ils savent que leurs efforts opiniâtres sont à peu prés vains.
1. Des propriétés minuscules valorisées par l’eau

Les ( “tivhirine” ) couvrent à peu prés 1/12 de superficie totale de la commune, soit quelques 1000 ha
. La part de chaque famille déjà réduite à l’origine, s’est considérablement amenuisée par suite du morcellement. Si les héritiers actuels procédaient au partage, leur part ne pourrait être évaluée autrement qu’en mètre carrés.
La propriété la plus répandue reste donc indivise, elle se réduit à une parcelle de quelques ares, répartis entre trois ou quatre planches, plus les pentes qui les séparent ; elle est entourée d’une haie de ronce renforcée çà et par un frêne, un ormeau ou même un figuier, arbres appartenant au propriétaire amont.
Ici comme ailleurs, l’exploitation se fait par la famille, même quand les hommes sont absents. Pour ne pas faire entrer un « étranger » dans leur bien, ce sont les femmes qui se chargent de tous les travaux. On ne consent à laisser son jardin à un « autre » - pourvu qu’il l’entretienne – que quand on émigre en famille.
La masse verte des jardins occupe les sols marneux assez fertiles mais très exigeants en fumier à cause de l’irrigation. La répétition des cultures fait qu’ils présentent des signes d’épuisement.
La terre valorisée par l’irrigation justifie l’aménagement en terrasses ; le remblai de la partie aval de chacune est retenu par une ligne d’arbres et consolidée par un mur de soutènement quand la pente est trop forte.
L’irrigation est rendue possible par la présence d’un grand nombre de sources, la plupart alignées sur la courbe 1100 entre Titest et Guenzet, Une douzaine d’entre elles sont suffisamment abondantes pour être conduites directement sur les carrés à arroser. L’eau emprunte une rigole subhorizontale sur laquelle viennent s’embrancher d’autres rigoles.
Les eaux des sources moins importantes et les suintements des nombreux « ighzer » alimentent de petits réservoirs qu’on débouche une fois remplis. Dans un cas comme dans l’autre, un tour d’eau minutieux réglemente la distribution du précieux liquide, la nuit comme le jour. De fin Juin à la fin de Septembre, les Ait Yala utilisent à peu près intégralement l’eau de leurs sources.
Le grand nombre d’utilisateurs d’un même tour et l’archaïsme du système sont à l’origine de fréquentes querelles ; le tour change par exemple à l’appel de muezzin ou quand le soleil arrive sur un repère or, comme chacun sait, le muezzin n’est pas toujours ponctuel et le soleil toujours brillant.
2 Les légumes de l’été
L’attachement des paysans à leurs jardins s’explique en partie par la quantité et la variété des produits qu’ils en tirent ou qu’ils espèrent en tirer. Ils leurs demandent souvent trop : des légumes et des fruits variés, du foin et du fourrage aérien, une partie du combustible et des matériaux de construction.
Le jardin irrigué est le seul endroit où le paysan peut pratiquer ses cultures d’été. Ce dernier plante un certain nombre de légumes toujours les mêmes : piments, tomates, oignons, navets et cucurbitacées. Il prend soin d’alterner les cultures sur une même planche dès que cela est possible. Voici un exemple d’assolement pratiqué dans une parcelle moyenne de trois planches, chacune mesurant un à deux ares
La première année, la planche est désherbée au printemps ; après le piochage et le bris des mottes, la surface est répartie en 5 ou 6 rectangles séparés par des levées de terre, de façon à pouvoir les arroser un à un. Le jardinier y plante des oignons après avoir répandu du fumier. Sur le rebord aval de la terrasse, il sème dans un sillon parallèle à ligne d’arbres, quelques grains de courge : les plants pourront ainsi ramper sur la pente. Les oignons sont arrachés en septembre ; On sème aussitôt des navets à leur place, lesquels sont récoltés en hiver.
L’année suivante, la planche est préparée de la même façon, mais au mois de Juin, après la coupe du foin. Elle reçoit cette fois des plants de piments et sur son pourtour des plants de tomates, on retrouve la ligne de courges à la même place.
Le jardinier laisse se reposer la terre la troisième année, ce qui ne l’empêche pas d’y planter quelques lignes de haricots et de concombres.
Le plus souvent, faute de place, le jardinier est contraint de surcharger ses planches. La culture principale est concurrencée par des cultures secondaires ; le pourtour de chaque planche est garni non seulement de plants de tomates, mais aussi de haricots et de mais.
On réserve couramment aux piments la planche la plus ensoleillée quitte à y répéter cette culture plusieurs années de suite et on remet les haricots sur la même petite planche à l’ombre.
A ces cultures traditionnelles sont venus s’ajouter le pomme de terre, le chou, la salade, etc. … la production de légumes est ridiculement faible. Peu de familles se suffisent en piments, tomates haricots et courges. Pourtant, cinq mois durant, les hommes aussi bien que les femmes ne ménagent pas leur peine pour apporter du fumier et multiplier les binages et les sarclages. L’arrosage n’est pas la tâche la plus facile ; une fois tous les 5 jours, il faut capter l’eau depuis la source et surveiller les moindres fuites sur tout le trajet pour que le débit se maintienne pendant toute la durée du tour.
Les arbres profitent autant que les légumes de l’irrigation.
3. Les arbres fruitiers
Les jardins irrigués ont l’aspect d’un massif compact d’arbre dont la verdure tranche sur les parties du terroir réservées à la culture sèche.
Les arbres fruitiers se suivent très proches les uns des autres sur le rebord des terrasses et sur les pentes. Inévitablement, les branches s’enchevêtrent et l’élagage (la taille !) s’impose chaque automne.

C’est un spectacle courant que de voir émerger un abricotier entre deux grenadiers, ou un pécher cherche sa place au soleil au-dessus du feuillage d’un figuier. Si celui-ci n’a pas possibilité de pousser droit ses semblables, on le voit plonger alors au-dessus de la terrasse en contrebas ou des perches fourchues soutiennent ses branches pendantes. La confusion atteint son comble quand la vigne étale ses sarments dans ce fouillis.
a/. Une gamme variée d’arbres :
Malgré le peu de place dont il dispose, le paysan désire réunir toutes les espèces dans son jardin. Il veut avoir son pommier, son poirier, son pêcher, son abricotier et son prunier ; il y a introduit le cerisier, le néflier et l’oranger (ce dernier en basse altitude. Finalement, la récolte est décevante, par suite parfois des intempéries : grêle et gel, ou du manque de soins, toujours à cause du manque de place.
La vigne et le grenadier sont mieux représentés. Plus résistants, leurs fruits étaient les plus recherchés pour l’échange après les figues sèches et l’huile. La production est comme pour toutes les denrées agricoles, très médiocre.
Même dans les jardins irrigués, les arbres les plus nombreux restent les figuiers.
b/. Les bakors :
La plus grande partie des figuiers est ici de la variété « bakor », blanc et « bakor » noir possèdent deux particularités :

1° – Ils se passent de la caprification, qualité dont ils ne sont pas les seuls à jouir.
2° – Surtout, ils donnent deux récoltes par an : des figues « d’été » portées par le bois de l’année précédente, et des figuiers « d’automne » poussant sous l’aisselle des feuilles, comme sur les figuiers ordinaires.
Les premières sont consommées fraîches au mois de juillet, les secondes subissent la même destination que les fruits dont il a été question plus haut.
Les jardiniers pratiquent souvent des greffes pour transformer en « bakor » les rejetons des figuiers ordinaires.
L’inventaire des productions n’est pas achevé.

- Le paysan compte beaucoup sur son jardin pour sa récolte annuelle de foin. Normalement, l’herbe y pousse drue, mais quand le printemps s’avère particulièrement sec, on y amène de l’eau.
- Le frêne (« islen ») et les ormeaux (« oulmou ») sont d’une grande utilité ils servent de support à la vigne ; ils fournissent les poutres, mais surtout le fourrage aérien : leurs branches sont coupées en été et données aux chèvres à leur retour de la montagne.

IV. L’EXPLOITATIN DE LA FORET
1. la forêt

La forêt, si l’on fie aux taches vertes qui la représentent sur la carte, couvre plus 4000 ha(le tiers de la commune). En réalité, elle consiste en un taillis bas et clairsemé plutôt qu’en une véritable futaie.
Trois-quarts du territoire forestier sont occupés par le chêne vert (Adrar à l’Est de Guenzet) et le reste par le pin (Adrar à l’Ouest de Guenzet, Montagne de Tilla) –.
La forêt appartient en droit au Beylik (Etat) : en fait, elle est collective, et comme telle, elle n’est l’objet d’aucun soin. Des gardes forestiers sont certes chargés de sa protection ; mais leur tâche limitée à la distribution de procès-verbaux, se révéle parfaitement vaine. N’étant pas propriétaire de la forêt et poussés par la nécessité, les hommes y exercent des usages abusifs à tel point que l’on peut parler de destruction au lieu d’exploitation.
Les observations récentes et les témoignages de personnes âgées permettent de retracer l’évolution des déprédations opérées sur la forèt originelle.
2. Destruction de la forêt de chêne
L’homme dispose pour cette besogne de deux armes complémentaires : la hache-pioche et la chèvre. En effet, la forêt est pour lui une réserve de bois et un pâturage.
Le processus de destruction serait le suivant depuis un siècle environ :
A l’origine, la forêt se présente comme une futaie épaisse les villages en sont à la lisière. Les habitants ébranchent les arbres pour se procurer du bois de chauffage et des supports pour leurs vignes. Ils y mènent leurs chèvres qui broutent en premier lieu l’herbe du sous-bois, herbe verte, semble-t-il, même en été
Les déprédations restent peu importantes, la population étant faible.
Au cours d’un deuxième stade, l’évolution précédente s’accélère au fur et à mesure que la population augmente :
-L’ébranchage se poursuit de plus en plus loin des villages.
- Les troncs épargnés jusqu’alors sont attaqués à leur tour, car les bûches qui en proviennent flambent lentement et chauffent beaucoup.
Des rejets poussent sur les souches et réussissent à former un taillis quand ils ne sont pas broutés par les chèvres. Si les troupeaux les visitent trop souvent, ils deviennent rabougris.
Au terme de ce stade, la forêt présente trois étages d’aval en amont :
. Des buissons rabougris au voisinage des villages ;
. Un taillis de plus en plus épais à mesure qu’on s’en éloigne ;
. De véritables arbres enfin plus ou moins mutilés suivent leur distance
Parallèlement à cette exploitation menée par les habitants ; une déforestation plus grave, parce qu’officielle, est entreprise à partir du versant sud de la Montagne, après l’implantation de la colonisation : des pans entiers de la forêt sont détruits par des équipes de charbonniers.
Pendant un troisième stade, il se produit une translation des étages cités, vers l’amont, mais le dernier ne peut que se rétrécir du fait de l’exploitation « scientifique » en vue de la fabrication du charbon. Au cœur de la Montagne, on ne trouve plus que quelques troncs dressant vers le ciel leurs moignons nus.
Pour avoir du combustible qui « maintient » le feu, on se met à rechercher ces vieux troncs, mais ce qui sera lourd de conséquences, on s’attaque surtout aux buissons rabougris. Ceux-ci sont déchaussés après que les pluies d’automne aient ramolli la terre, on arrache alors les vieilles souches, et les racines ; le terrain ne peut être mieux préparé pour le déchaînement de l’érosion.
Le bois ordinaire vient du taillis. Les hommes rasent quelques buissons choisissent les meilleurs des jeunes arbres, en font des fagots qu’ils chargent ensuite sur leurs ânes ; ils reviennent quelques jours après pour chercher les plus fins devenus secs entre-temps. Le bois provenant du taillis est vite brûlé, de grosses quantités sont nécessaires pour chaque foyer.
Le quatrième stade caractérise la période contemporaine (en gros l’après-guerre 39-45). Les déprédations de toutes sortes se sont aggravées. Ceci est rendu possible non seulement par l’accroissement démographique, mais aussi par la multiplication des feux après l’éclatement des familles patriarcales en un grand nombre de ménages.
Longtemps dédaignées, les dernières carasses de chênes, les plus noueuses et les plus éloignées, sont débitées au coin et à la masse par de véritables « spécialistes ».
Sur toute la montagne prédominent désormais des buissons suffisamment bas pour constituer la pâture normale pour les chèvres. En effet, les troupeaux trouvent peu d’herbe, sa pousse étant presque impossible sur le sol régulièrement» piétiné, quand il n’est pas emporté par les eaux.
Le paysage actuel de la Montagne
se présente sous l’aspect d’une forêt de buissons plus rapprochés et plus vigoureux à mesure qu’on va vers l’Est et le sud : à l’Est, par ce que la population riveraine est peu dense au sud parce que qu’on s’éloigne des villages (fig. . 9)
Si le chêne conserve partout une prépondérance écrasante, on le trouve associé au genévrier, lui aussi à l’état de buissons, à des touffes de diss et à des genêts épineux.
Ce qui reste de la forêt se régénère lentement, à la faveur de la diminution de la population. En outre, les habitants vont de moins en moins chercher du bois par suite de l’utilisation de réchauds à pétrole, et même de fourneaux à gaz.
Il faut se garder d’être trop optimiste, les troupeaux continuent à fréquenter la Montagne, et les dégâts sont tels, que celle-ci ne retrouvera jamais sa couverture primitive ; aux environs de Guenzet en particulier, la forêt a totalement disparu. Ailleurs, elle n’est pas continue, des clairières s’y ouvrent, ensemencées autrefois en céréales, plus ou moins abandonnées aujourd’hui.
3. La Forêt d e Pin
La forêt de pin mérite mieux son nom. On la rencontre sur la partie occidentale de la montagne et sur les pentes de Tilla
A l’Ouest de guenzet, elle est conservée parce que la population des villages est peu nombreuse. De plus, sa reconstitution n’est pas entravée par les chèvres; ces animaux n’apprécient guère les rameaux du résineux. Elle doit aussi sa survie au dédain dont est l’objet le pin. Les habitants préfèrent pour leur chauffage le noble bois de ballout (chêne. Malheureusement, les fabricants d’huile n’ont pas de possibilité de choix : seul ce conifère peut leur fournir les grosses bûches dont ils ont besoin pour chauffer leurs moulins. C’est ainsi que cette forêt a reculé-elle aussi.
Longtemps préservée de l’incendie, grâce à sa fragmentation par les défrichements et les escarpements rocheux, elle en est durement atteinte pendant la guerre. Le secteur le plus dense n’a pas résisté aux bombes incendiaires larguées par les avions : il a flambé comme la forêt de Tilla.
Avant son incendie en 1957, cette forêt était la plus belle de la région. Son épaisse futaie de chênes et surtout de pins était protégée de l’homme par son éloignement. Elle se régénère lentement maintenant.
Outre le bois et les possibilités de pacage, la forêt offre à l’homme de menus produits. Le pin donne son écorce, un peu de résine et de goudron et des grains comestibles.
On utilise l’écorce de la racine du chêne pour tanner les peaux à eau et ses glands pour la nourriture du bétail.
V. L’ELEVAGE
Les Ait Yala sont un pays d’arboriculteurs, mais pour tirer un meilleur parti de leur terre, les hommes ne négligent aucune ressource, en particulier l’élevage.
Faute de place, et par conséquent de nourriture, celui- ci tient une place modeste. Il est pourtant remarquablement intégré à la culture.
On élève le bétail pour ses productions ( chèvres ) et pour le travail fourni ( ânes et mulets).
1 Les chèvres
« Pour nous, écrivait Mouloud Feraoun, la chèvre n’est pas la vache du pauvre, mais celle de tout le monde.
Aussi, les chèvres sont les animaux les plus nombreux. Chaque famille en possède de deux à quatre, rarement plus. Le troupeau n’est pas excessif, il n’y a qu’une chèvre pour trois habitants. L’élevage caprin est limité par la difficulté de trouver une nourriture suffisante pour les bêtes.
a/. Nourriture difficile à trouver :
Les chèvres passent la journée à la montagne. Un berger rassemble les bêtes de village et les emmène paître tous les jours du matin jusqu’au soir. ( Les bergers des villages chaleurs de midi ). Le problème de la nourriture se pose donc Quand les chèvres sont à la maison.
- Au printemps, les habitants sarclent soigneusement les céréales et même l’herbe. Toutes les plantes qui ne donnent pas de foin, comme les marguerites, les pissenlits et les laiterons, sont cueillies pour elles. Les femmes en remplissent des hottes qu’elles transportent sur le dos.
- On leur ramasse en été les figues tombées avant maturité, les rejetons et les rameaux en surnombre. C’est pendant cette saison que les possesseurs de « fourrage aérien » coupent des branches de frêne de d’ormeau pour les leur donner.

- En automne, les feuilles de figuier, fraîches ou sèches, sont le menu ordinaire des chèvres.
- Le foin ramassé au jardin leur est distribué en hiver, en particulier pendant le mois de stabulation imposé par la neige. C’est à ce moment qu’elles mettent bas, pour pouvoir reprendre le chemin de la Montagne
dès la fonte des neiges. Pendant leur convalescence, les femmes les nourrissent d’un peu d’orge ou de son enduits d’huile et chauffés.
b/. Productions insuffisantes :
Dans chaque village, la reproduction est assurée par deux ou trois boucs collectifs achetés au début de Septembre et revendus quelques semaines après. On ne cherche pas à améliorer une race pourtant médiocre. Que donnent, en effet, les chèvres des Ait Yala ?
Elles offrent la viande de leurs chevreaux qu’on ne garde pas faute de pouvoir les entretenir. Elles fournissent le poil avec lequel sont fabriquées les cordes et les peaux qui servent à transporter l’eau et l’huile.
Les chèvres sont appréciées surtout pour leur lait, un lait rare pourtant. Une chèvre en donne à peu prés un demi-litre par jour durant le printemps. Le liquide est amassé par la ménagère ; au bout d’une semaine, elle le bat dans une peau de mouton gonflée ou dans une calebasse ; le beurre est salé et conservé … dans un bocal ; le babeurre sert à accompagner la galette.
A partir du mois de juin, les femmes n’arrivent à traire qu’une tasse par chèvre. Le lait est versé alors dans la sauce, on l’offre aussi aux bébé et aux malades appartenant ou non à la famille.
Les foyers sans chèvres sont très rares. Pour les vieilles femmes vivant seules, ces bêtes sont de fidèles compagnes qu’on entoure alors de soins affectueux.
Qu’importe si elles donnent peu ? Comme dans la culture, on vise moins la quantité que la variété des produits. Outre le poil, la viande et le lait, les chèvres donnent régulièrement leur fumier, ce qui n’est pas négligeable. Même le crottin répandu sur les chemins et le lieu de rassemblement du troupeau est ramassé.
Il est curieux de constater ce « partage de responsabilités » tout ce qui est en rapport avec l’élevage des chèvres relève des femmes les hommes détiennent la compétence exclusive sur tout ce qui intéresse les ânes et les mulets.
Les ânes et les mulets ....a suivre


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Les ânes et les mulets
a/ un « mal nécessaire » :

L’élvage des ânes et des mulets est pour reprendre une paraphrase célèbre « un mal nécessaire »
C’est d’abord un mal parce que le problème de la nourriture se pose d’une manière angoissante. Il est nécessaire parce que ces animaux sont de précieux auxiliaires pour nos montagnards.
L’âne et le mulet mangent ce que les chèvres délaissent ; mais leur nourriture ordinaire reste la paille ; importée de l’extérieur. On leur donne un peu d’orge ; un litre par jour le premier ; deux : pour le seconde. Le grain est mis dans une sacoche attaché au cou de l’animal, lequel plonge son museau et mange intégralement sa ration
Il leur arrive de paître aux champs ; on les surveille alors afin qu’ils n’opèrent pas de déprédation.
Comme leur propriétaire ? Ils sont généralement sous alimentés l’âne ne dédaigne ni le chardon du bord des chemins appelle non sans raison « l’épine de l’âne », ni même les excréments ; pour compléter son ordinaire.
La difficulté de nourrir leur bétail interdit aux kabyles d’élever (au sens étroit du terme ) ces équidés. L’espèce mulassière est importée du pays arabophone a l’âge du travail ; on y achète également des ânes adultes ; a l’exclusion des ânesses qui risqueraient de mettre bas dans un pays où leur progéniture n’aurait pas sa place.
Toujours pour l’; même raison les mulets sont quatre fois moins nombreux que les ânes plus exigeant en nourriture ; Ils rendent en revanche de plus grands services ; seuls les gens aisés et les véritables paysans en possèdent.
b/ des animaux adaptés au pays :
Leur forces leur endurance et la sûreté de leur pied sont les qualités les plus appréciées.
L’âne et le mulet sont les » moyens de transport » du montagnard.
Ce sont eux qui ramènent les fagots de bois coupé dans la montagne. C’est sur leur dos qu ‘on charge les fruits et l’huile pour les échanges contre du grain. Le mulet peut transporter pendant plusieurs heures un bissac pouvant dépasser 8 mesures de blés et l’âne ne ploie sous un quintal, de grain. Les choouaris ( couffins ; jumelés ) contenant du fumier ou des, récoltes du jardin et les fûts d’eau ne fatiguent pas nos animaux ; au contraire c’est avec peine qu’ils remontent du Sahel avec des charges d’olives.
Pour circuler sur les nombreux sentiers crés simplement par les passages répétés, les ânes et surtout le mulet sont des montures idéales.
Les mulets sont utilisés pour les labours ; mais l’attelage des ânes et à plus forte raison l’attelage bariolé reste de mauvais goût.
Quand on possède un âne ou un mulet, on arrive à fumer convenablement son jardin irrigué. Le fumier est activement recherché, les chemins en sont vite débarrassés. Il n’est pas utilisé seulement pour la fertilisation du sol ; il entre dans la composition de l’enduit de terre dont les femmes recouvrent les murs et les parterres des maisons.
Avec le déclin de l’agriculture et du genre de vie traditionnel le nombre de solipèdes a considérablement diminué. Il y a vingt ans, presque chaque famille possédait un âne ou un mulet ; aujourd’hui on ne rencontre guère qu’un âne pour 10 personnes environ ; l’espèce mulassière déjà peu représentée, est décimée en 1966 par la peste.
3. L’élevage secondaire
a /. Ovins et bovins :

Dans le troupeau villageois, quelques brebis partagent les conditions d’existence des chèvres ; elles prennent vite, semble-t-il, l’habitude d’apprécier la végétation arbusive. Les moutons achetés pour la fête sont élevés quelques jours seulement
Les peaux ovines sont transformées en outres à grain, en barattes et en tapis de sol pour les moulins à bras.

L’élevage bovin est encore insignifiant. Les rares vaches de la région se rencontrent chez les cultivateurs disposant d’un peu plus d’argent et de place (proximité de la forêt). Les individus sont découragés par le « mauvais œil » et les incessantes demandes émanant des voisins ; le propriétaire d’une vache se croit obligé de leur donner de la bouse pour fertiliser leur ligne de courges, du lait pour leurs malades, du beurre pour de multiples emplois.
b/. Le petit élevage :
Le petit élevage n’est pas négligeable ; c’est une source appréciable de protéines pour des gens qui achètent rarement de la viande.
Beaucoup de familles possèdent des lapins, et toutes élèvent des poules. Ces animaux sont tués dans des circonstances particulières telles la visite d’un parent, le retour d’un émigré, un jour de marché quand tous les voisins ont acheté de la viande.
Outre leur chair, les poules sont élevées pour leurs œufs qui sont l’objet d’un trafic intense de la part des femmes ; elles les portent dans leur corsage pour les offrir à l’occasion d’un événement quelconque. Comme ces « dons » se compensent, tous les habitants finissent par consommer quelques œufs …provenant d’un élevage autre que leur. « Elevage » est un terme trop fort ; en fait, les poules sont chassées dehors toute la journée ; ce n’est qu’à leur retour que les femmes leur jettent une poignée de grains.
Les volailles autres que les poules restent des curiosités.
L’apiculture était assez répandue autrefois ; il ne subsiste que quelques ruches.
Ainsi confinée dans un terroir exigu et peu fertile, la population des Ait Yala n’arrive à tirer d’une agriculture complexe que des profits insuffisants. Alors se pose le problème de la lutte pour la survie.

Troisième Partie
I. La Lutte pour la survie


Ne retrouvons pas de ressources suffisantes sur place, les ait yala sont obligés de rechercher hors de chez eux tout ce qu’il leur manque, c’est à dire l’essentiel : les céréales.
Leur dépendance vis à vis de l’extérieur date de plusieurs générations. Les hommes sortaient d’abord pour rapporter un complément de ressources, la population se contentant d’un niveau de vie très bas.
Sous la pression démographique, on n’était même pas assuré de satisfaire les besoins pourtant frustes, les hommes entreprirent alors d’émigrer, tandis que leur famille restait « au pays » après une absence assez brève, ils rentraient avec un petit pécule amassé au prix de grandes privations.
Progressivement, de masculine et temporaire, l’émigration devenait familiale et définitive.

Il ne s’agit là que d’une évolution globale. En réalité, cernés de près, ces phénomènes se chevauchent souvent.
I LES DIFFICULTES DE LA VIE EN AUTO-SUBSISTANCE
La vie traditionnelle en auto-subsistance a prévalu depuis des temps immémoriaux jusqu’en 1920 environ. Nous allons étudier ses aspects non pas pour des préoccupations historiques, mais plutôt, d’abord parce que beaucoup de ses caractères demeurent encore ; ensuite nous ne pouvons expliquer l’ampleur de l’émigration sans brosser le noir tableau d’un passé récent : population trop nombreuse, besoins limités faute de ressources, et surtout manque de céréales.
1. SURPOPULATION CHRONIQUE
La situation de sous-développement, caractérisée par une croissance démographique plus rapide que l’augmentation des ressources, est atteinte dès avant 1900. Au siècle dernier régnait encore l’équilibre de misère, les hommes comptaient presque exclusivement sur les ressources locales, mais vivaient continuellement au bord de la famine.
a/. La courbe démographique :

Ce qui frappe le plus quand on dépouille les recensements successifs de la population, c’est de trouver à des dates anciennes des chiffres élevés .
Au recensement de 1891, l’on enregistre déjà 11.737 habitants, soit une densité de 91h/km2, densité qui devient 168 si on ne considère que la superficie cultivée. Cela est énorme pour un terroir déclive et des sols peu fertiles.
Modéré jusqu’en 1921, l’accroissement s’accélérée ensuite. En 1936, la population est évaluée à 19.130 h, le plus haut chiffre jamais atteint par un recensement local.
Il est probable que la population ait compté plus à la veille de la Deuxième Guerre.
Quoi qu’il en soit, la courbe subit une chute vertigineuse entre le recensement de 1936 et celui de 1948. Apres une reprise de courte durée, elle s’effondre de nouveau.De 15.960 h en 1954, la population est descendue à 8.591 en 1966.
b/. Analyse de la courbe :
De 1891 à 1921, la population des douars- commune de harbil et d’ikhlidjene a gagné 25%, et celle de l’Algérie ( autochtones) 37%. Ce faible accroissement est du à la dureté des conditions d’existence : les ressources locales étaient insuffisantes et les apports de l’extérieur ne comptaient pas beaucoup, les hommes émigrés étant peu nombreux.
On peu parler à juste titre d’un emballement de la courbe pendant l’entre- deux – guerres. Cette fois ce sont les Ait Yala qui enregistrent une plus forte augmentation : 30% entre 1921 et 1936, contre seulement 26 pour la population autochtone de l’Algérie.
Ceci s’explique sans doute par une relative aisance, de nombreux émigrants temporaires envoyaient ou ramenaient avec eux une grande partie de leurs économies qui servaient à acheter des céréale en premier lieu.
La population a fortement diminué de 1936 à 1948, par suite de la disette et des épidémies de variole et de typhus qui s’étaient abattues en 1945-46.
Coupée de l’extérieur, la région n’était pas en mesure de se ravitailler normalement. A titre de comparaison, la population de Zemoura et d’Ouled Taier, douars- communes situés au sud de la Montagne, n’a pas varié de beaucoup entre 1936 et 1948, par contre, celle des Ait Yala a accusé une baisse de 21%. La crise a donc été beaucoup moins ressentie dans le pays céréalier.
Entre 1948 et 1954, l’accroissement a été stimulé par une baisse de la mortalité infantile. Les conditions d’existence étaient devenues meilleures, les mandats et les allocations affluaient, le ravitaillement était assuré par des camions ; enfin, les mesures d’hygiène s’étaient multipliées.
La reprise enregistrée était pourtant sans ampleur : 5,1% d’augmentation seulement contre 9,4 et 18% pour Zemoura et Ouled Taier. Il ne pouvait en être autrement, les séquelles de la crise n’avaient pas disparu et l’émigration familiale devenait de plus en plus importante.
De 1954 à nos jours, la population a fortement diminué la région a perdu la moitié de ses habitants en moins de dix ans. En principe, ceux-ci ont fui la répression. Les hommes ont quitté en fait leurs villages pour des raisons plus profondes : leur terre a cessé de les nourrir depuis des dizaines d’années.La guerre n’a fait que précipiter un mouvement inéluctable : l’émigration ne s’est-elle pas poursuivie après le retour de la paix ?
On pourrait se demander pourquoi les habitants n’ont-ils pas déserté plus tôt leurs villages. Ce serait comprendre mal leur profond attachement à la terre ancestrale ; ce n’est qu’après avoir épuisé tous les artifices dont ils sont capables pour survivre en auto-subsistance que les hommes se sont résignés au départ.
2. Les besoins frustes et l’autarcie
Nous nous proposons de décrire le mode de vie des habitants en faisant le plus possible abstraction des changements intervenus durant les dernières décennies.
a/. Une Frugalité Forcée :
Les familles, régies par la structure économique et sociale traditionnelle, se préoccupent de satisfaire essentiellement le besoin le plus élémentaire : la nourriture. En temps normal, elles disposent de deux repas.
Le déjeuner comporte la galette confectionnée à la maison avec de la farine, d’orge autrefois, de blé depuis 1950 environ. Elle est mangée trempée morceau par morceau dans l’huile d’olive. Pour économiser celle-ci, ou simplement pour varier le « menu « , les familles prennent avec leur galette, différents « plats » suivant les saisons.
On est le plus heureux en été, quand on possède des légumes. On confectionne alors une sorte de ratatouille faite avec des piments piquants et des tomates, on prépare aussi des haricots ou des courges dans une sauce abondante. Au printemps, le babeurre, les oignons crus et les herbes comestibles qu’on fait cuire sont les éléments qu’on trouve le plus couramment pour accompagner sa galette.
Au dîner, on consomme du couscous ou des préparations à base de farine ; elles sont toujours diluées dans un bouillon abondant, sans doute pour tromper la faim.Ce qui reste du dîner est réchauffé le lendemain pour être servi au petit déjeuner.
Les familles mangent plus souvent le coucous quand elles ont à leur disposition des fèves sèches et des navets en hiver, des fèves vertes et des cardons au printemps, enfin des haricots verts et des courges en été. Les plats qui demandent pour leur préparation des dattes écrasées, du lait ou des œufs ne sont consommés qu’occasionnellement.
Les chefs de famille prennent des mesures d’austérité des qu’ils rencontrent quelque difficulté, ce qui arrive assez souvent.
La galette est rationnée ; chaque membre reçoit un quart de l’unité. Les vieilles. Distribuent parcimonieusement à leurs belles- filles les denrées nécessaires pour faire la cuisine. On supprime des repas ; on remplace certains ; soit par une poignée de figues, soit par une farine d’orge ou de caroubes grillées, diluée dans de l’eau.

Les gens doivent se contenter de la lie du fond des jarres et de figues peu présentables, l’huile et les meilleures figues sont réservés pour l’échange. Les glands grillés ou cuite dans certaines préparations sont appréciées en hiver.
Aux époques de grave disette, on mélange à la farine d’orge, d’indigestes tubercules d’arum « avqouq « ou des carottes sauvages « tarlghoudha « préalablement séchées et écrasées.
Beaucoup de produit apparaisse superflus à cette population continuellement tiraillée par la faim. S’il est vrai qu’on peut se passer de certains, la carence de quelques-uns uns peut entraîner de graves conséquences.
Plus que de légumes frais et de fruits (source de vitamines ) qu’ils consomment irrégulièrement, les hommes souffrent de l’insuffisance de protéines.Ils ne consomment les œufs que dans des circonstances exceptionnelles. Faute d’argent, ils achètent rarement de la viande. Heureusement, tous les gens en mangent au moins une dizaine de fois par an, à l’occasion des fêtes.Quand celles-ci s’espacent, les membres de la djemaa décident d’un commun accord, l’achat de quelques bêtes, la viande est répartie proportionnellement entre tous les feux du village.
Les hommes, en particulier les émigrant rentrés de fraîche date, ramènent souvent, les jours de marché, des chapelets de viande ; les moins fortunés tuent alors une poule ou un lapin pour sauver les apparences.
Ainsi, les besoins alimentaires sont incomplètement satisfaits tant au point de vue quantitatif que qualitatif.
b/. Les besoins vestimentaires :
Les besoins vestimentaires sont encore plus réduits, mais un minimum est nécessaire.
Le vêtement masculin le plus simple, et le plus ancien probablement, c’est la gandoura.au travail, les hommes la serrent à la taille comme leurs ancêtres, les cavaliers maures représentés sur la colonne de Trajan. Une chemise sans col leur sert de sous-vêtement. Ils portent un pantalon intermédiaire entre le pantalon européen et le « sarouel » bouffant des citadins. Si ce dernier vêtement manque parfois à quelques hommes, tous possèdent un burnous en laine, tissé à la maison. Plus qu’un vêtement chaud, il est tout aussi un sac de couchage pendant le voyage, ses pans servent de couffins : on y enveloppe de l’herbe, des légumes et même du fumier ; le capuchon devient un filet quand le paysan va au marché.
Les hommes se coiffent d’une calotte rouge (à l’origine tout au moins), et d’un turban blanc enroulé autour de celle-ci.
Les chaussures sont souvent rudimentaires, au travail en particulier et en hiver, les paysans enroulent des chiffons autour de leurs pieds et chaussent ensuite des rectangles de peau de bœuf ; des lacets en alfa en rapprochent les bords et retiennent les chiffons sur les jambes. De hauts sabots de bois sont également usités en hiver. Les semelles en pneu retenues aux pieds par des lanières sont chaussées plutôt en été.
La robe féminine ne se distingue de la gandoura que par la richesse de son coloris. En hiver, les femmes portent en plus deux pièces rectangulaires accrochées par des fibules au niveau des épaules ; la pièce de derrière, en laine, est tissée à la maison, celle de devant est décorée de rubans. A la différence de leur partenaire, les femmes serrent toujours leurs habits avec une ceinture faite de fils de laine ( tisfifine ). Leur coiffure consiste en un simple foulard pour les jeunes tandis que les plus âgées portent un turban recouvert par un voile débordant sur les épaules.
Comme les enfants, les femmes marchent presque toujours pieds nus, que les chemins soient boueux ou couvert par une poudre brûlante.
D ‘une façon générale, les familles ne disposent pas d’habits de rechange, et les vêtements rapiécés sont assez courant. Lors des années difficiles, on n’achète aucun tissu, hommes et femmes se contentent alors de grossières gandouras tissées à la maison, et encore quand on trouve de la laine en quantité suffisante.
c / Les limites de l’autarcie :
On s’efforce de produire sur place tous les biens de consommation. Chaque famille doit fabriquer elle–même la plupart des objets d’usage courant. Les couvertures et les burnous sont tissés à la maison on y prépare les peaux de différentes façons suivent qu’elles se destinent à l’huile, à l’eau et au grain.Ces travaux sont souvent exécutés par les femmes qui fabriquent aussi les poteries et les cordes, et crépissent la maison.
Le travail de l’alfa et du bois, la vannerie, la réparation des outils et l’entretien de la maison sont du ressort des hommes.
Quoi que l’on fasse, on est obligé d’acheter certains produits et faire face à des dépenses diverses. Il faut payer le berger et le cheikh de la mosquée. Les impôts et les amendes infligées par le garde forestier, les frais de voyage aux lointain chef–lieux administratifs, grèvent aussi le modeste budget des paysans.
Ces charges sont d’autant plus lourdes que la monnaie est rare, si rare que les femmes par exemple pour allumer leur feu, s’en vont chercher des braises chez leurs voisines, elles évitent ainsi le « gaspillage » d’une allumette.
On peut certes se passer d’allumettes, mais pas d’orge et de blé. La charge la plus lourde et la plus impérieuse reste donc le ravitaillement en céréales que le terroir ne produit pas.
3. Le problème d e s céréales ....a suivre

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MessageSujet: UNE REGION RURALE TRADITIONNELLE DU TELL ALGERIEN AIT YALA (SETIF)   Lun 17 Jan - 20:41

Les voyageurs qui visitent les Ait yala sont étonnés en remarquant la grande densité des villages et l’absence de moissons. La question qu’ils posent est invariablement la même : « de quoi vivent les habitants ? ». En effet, nous venons de le voir, les villageois se nourrissent de leurs fruits, mai surtout de céréales.
Les vergers de figuiers ensemencés en orge une année sur deux ne produisent même pas la consommation d’un trimestre. Le problème des céréales se pose donc avec une acuité continuelle. L’approvisionnement en grain est si aléatoire que les paysans gardent soigneusement des réserves dans leurs « akoufi ».
L’essentiel des céréales consommées aux Ait Yala, provient du pays arabophone voisin. Les hommes se les procurent en y offrant en échange les produits de leur pays. Pratiquée largement avant les débuts de l’émigration, cette activité appelée « achied » n’a pas totalement disparu de nos jours.
a/. Le Troc:
L ‘entreprise est souvent difficile, voire périlleuse.Il faut parcourir plusieurs dizaines de kilomètre derrière son âne ou son mulet affronter le froid et la pluie, la chaleur est crainte encore plus : les fruits se gâtent assez vite. Aux adversités de la nature, s’ajoute le danger que présente la traversée de la forêt les embuscades de brigands sont toujours possibles. Les chemins du sud passent par des lieux dont le nom ne laisse pas de provoquer des frissons : El Ainser Ouzlou ou source de l’Egorgement, Tizi Nskine ou col du sabre. Les troqueurs partent en groupe, armés discrètement
Ces expéditions ont lieu en toutes saisons. Les arabophones disposent toujours de surplus de céréales, mais ne cultivent à peu prés rien d’autre les « oncles kabyles » peuvent leur fournir une gamme variée de leurs produits. Tous les fruits de leur terre sont soigneusement gardés pour les besoins de l’échange, il arrive même qu’on n’en goûte même pas.
Pour se procurer blé et orge, les Ait Yala offrent n’importe quoi : de la résine, du goudron, du tanin, de l’écorce de pin, etc. Mais surtout des fruits et de l’huile.
De juillet à Novembre, ils chargent dans des fûts en roseau, au fur et à mesure qu’ils mûrissent, des abricots, des bakors et des prunes, ensuite des pommes, des poires et des figues fraîches, enfin du raisin, des grenades et des azeroles.
Le reste de l’année, ils choisissent les temps morts pour reprendre le chemin de la « qibla » (sud–est). Ceci est possible : les figues sèches attendent dans les « akoufi », et l’huile dans les jarres. C’est le troc de ces deux denrées qui rapportent le plus ; d’abord perce qu’on en dispose de notables quantités, ensuite ces produits peu périssables peuvent être transportés sur de grandes distances. Les troqueurs se permettent donc d’être exigeants ; quand les prix ne leur conviennent pas, ils conduisent leurs ânes plus loin, car le temps et la distance n’entrent jamais en ligne de compte pour déterminer la rentabilité de leur activité.
Qu’en leur coûte-il du reste ? Ils se nourrissent d’un morceau de galette et d’une poignée de figues, ils se couchent un peu partout, à la belle étoile, dans une mosquée ou chez quelque « ami ». En effet les Ait Yala savent nouer de bonnes relations sur leurs itinéraires, ce qui leur permet de trouver un gîte et de la nourriture pour eux et pour leurs bêtes, un relais surtout pour entreposer leurs grains s’ils ont amassé plus que ne peut transporter leur bête.
Pour rapporter plus de céréales, rien n’est négligé. Toujours en faisant fi de la distance et du temps, les troqueurs étendent leur champ d’action et se muent parfois en véritables commerçants. On les voit partir chercher des figues et surtout de l’huile à bon marché de la Soummam
pour les échanger ensuite ou les revendre à un meilleur prix dans les plaines céréalières de Setif.
b/. Les activités secondaires :
Elles sont de deux sortes : celles qui se sont greffées sur le troc et que pratiquement beaucoup d’hommes, puis les activités plus stables qui sont le privilège d’un nombre restreint de personnes. On ne vise dans les deux cas aucun but lucratif. Chacun n’a en vue que la satisfaction des besoins primaires e sa famille.
Les troqueurs qui n’arrivent pas à amasser une quantité suffisante de grain, et ceux qui veulent que leurs tournées dans le pays arabophone soient plus profitables, se livrent à d’autres activités.
Certains aident à la moisson. D’autres arrivent à acquérir du prestige par leur « savoir », ils exploitent alors la crédulité et l’ignorance des gens en écrivant des amulettes et en proposant des philtres. Les plus honnêtes exercent la fonction de cheikh : ils enseignent le coran et dirigent la prière chez de riches propriétaires. Moins dignes, quelques-uns uns se font meddahs ( sorte de troubadours ), ils n’hésitent pas à chanter et à danser loin des regards de leurs concitoyens.
A force de parcourir les vastes moissons des Hautes Plaines, les Ait Yala ont fini par réaliser que la possession de terres à céréales n’est pas impossible. Un certain nombre d’entre’eux ont réussi à amasser des économies et acheter des champs qu’ils font travailler par les hommes du cru ou qu’ils exploitent eux –même.
Ceux à qui la fortune n’a pas souri, continuent à troquer, mais à cause de la pression démographique, n’échangent pas que les productions de leur jardin, devenues insuffisantes, ils « prennent » aussi les fruits et l’huile de leurs voisins. Quand il n’y a plus rien à échanger, ils vont cette fois au pays arabophone pour acheter de la laine, des bêtes, mais surtout du blé et de l’orge qu’ils revendent avec bénéfice aux familles des émigrants et aux hommes exerçant une activité régulière.
Les hommes possédant un métier rémunéré sont peu nombreux Dans chaque village, on rencontre un cheikh et un berger au moins. Les fonctionnaires sont représentés par les instituteurs, le personnel administratif et les postiers, au total une cinquantaine d’individus, résidant pour la plupart à Titest et surtout à Guenzet.
Une centaine de familles au maximum tirent une partie de leurs ressources ( l’autre provenant de l’agriculture ) des activités « industrie »et commerciales.Ce sont les propriétaires des moulins à huile, les boutiquiers et les cafetiers presque tous ressemblés à Guenzet, les meuniers dont les « établissements » s’implantent le long de « tacift », les forgerons qui façonnent les outils et ferrent les mulets et les ânes, les laboureurs, quelques menuisiers et cordonniers, enfin de rares teinturiers et fabricants de tuiles.
La population des Ait Yala étouffait dans un pays qui produisait très peu de céréales et de moins en moins de fruits à échanger. Les possibilités d’emploi sur place n’existaient pas. La survie devenait difficile ; force était donc de trouver d’autres moyens de subsistance.
Les hommes, habitués déjà à s’absenter pour aller troquer, entreprirent de partir travailler loin de leurs villages pour rapporter de quoi faire vivre leurs familles, ce fut le début de l’émigratio
II. LES REMEDES : L’EMIGRATION
La population autochtone de l’Algérie a presque quadruplé de 1892 à 1966. Celle des Ait Yala atteindrait 40.000 habitants si elle avait connu le même taux d’accroissement.Nous savons par contre qu’elle a diminué.Cette régression s’explique par l’émigration, émigration qui a profondément marqué le genre de vie, les mœurs et les coutumes ; le paysage même dans une certaine mesure.
I. Les Facteurs Favorable
Nous n’allons pas rechercher les causes de l’émigration qui sont évidentes : le surpeuplement et la pauvreté de la région ; elles transparaissent suffisamment dans ce qui précède. Voyons simplement quels en sont les stimulants. Trois facteurs à notre avis ont favorisé l’émigration : l’instruction, la route et l’émigration elle – même

L’instruction :
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce sont les hommes les plus instruits qui montrent la plus grande propension à partir travailler hors de chez eux.Ils sont embauchés plus facilement et ne craignent pas de subir les vexations comme leurs concitoyens ignorants, en outre, ils trouvent à s‘employer en Algérie.
Poussés au début par la nécessité, les hommes évolués repartent souvent pour assurer à leur famille un niveau de vie décent, ils se désintéressent donc les premiers du travail ingrat de la terre.
Or, la population des douar–communes de Harbil et d’Ikhlijen disposant depuis longtemps d’une trentaine de classes, passait pour être privilégiée au point de vue scolaire. On peut estimer à plus de la moitié le nombre des hommes sachant lire et écrire le Français en 1954 Pour apprécier le relatif avantage des Ait Yala, il faut se rappeler qu’à la même date, 85 % des Algériens étaient des analphabètes.
En outre, la plupart des hommes lisent et écrivent l’Arabe grâce à la présence de nombreuses écoles coraniques.
La route :
Une route construite lors de
la Première Guerre
Mondiale, dessert la région. La plupart des villages en sont à proximité. Un service régulier de cars assure la liaison entre Setif et Guenzet. Des taxis transportent continuellement des partants et des arrivants soit entre Setif et les Ait Yala, soit entre cette région et Alger.
La route taillée à travers la Montagne
lors de la Guerre
de Libération raccourcit considérablement la distance entre Alger et Guenzet .
L’émigration :
L’émigration appelle l’émigration de deux façons :
1°. Les enfants habitués à voir partir leurs pères trouvent tout à fait normal de suivre leur exemple une fois devenus grands.Les récits d’émigrants rentrés au village les font rêver, mais les initient à la vie citadine.
2° . Ce sont les émigrés qui envoient l’argent du voyage aux candidats à l’exil ; ils leur cherchent aussi du travail et les hébergent à leur arrivée.
L’émigration n’a pas gardé les mêmes caractères des origines jusqu'à nos jours. Elle était peu importante avant la Première Guerre mondiale. Elle n’a pas cessé de se développer à partir de 1920, mais jusqu’en 1954 elle est restée plutôt temporaire et masculine. Depuis le début de
la Guerre de libération, le mouvement migratoire s’est accéléré et les hommes partent presque toujours avec leurs familles
2. L’ émigration Traditionnalle
Sous sa forme la plus primitive, l’émigration et la nécessité pour les hommes de s’absenter de leurs villages rendant plusieurs jours. Les plus anciens troqueurs étaient donc déjà des émigrants en puissances.
On a dit depuis longtemps que les Kabyles vont plus chez les autres qu’on ne va chez eux. En fait, le besoin les pousse depuis plusieurs générations à chercher à l’extérieur une partie de leur subsistance.
Dans ce qu’on appelait au XIX ème siècle, à Constantine, le Fondouk des Beni Abbas, il n’y avait pas que ces derniers, des Ait Yala y apprêtaient également et vendaient des burnous. Les relations avec la capitale de l’Est semblent avoir été solidement nouées. Vers 1920 encore, des colporteurs fréquentaient cette ville ; ils logeaient dans des locaux appartenant à des concitoyens installés comme commerçants ; leur travail consistait à prendre des marchandises chez ces derniers et à les revendre dans les douars voisins. Ils opéraient également autour d’autres villes du constantinois.
De toute évidence, les colporteurs n’étaient pas aussi nombreux que les troqueurs, mais ils méritent beaucoup plus le nom d’émigrants, car ils séjournaient plusieurs mois hors de chez eux, le temps de s’y amasser un petit pécule pour pouvoir acheter quelques articles et surtout des céréales. Les sommes rapportées étaient si dérisoires qu’ils ne s’offraient même pas le luxe de rentrer dans leur village autrement qu’à pied. Cette émigration d’appoint était loin d’avoir l’importance et les conséquences que connaîtra l’émigration que nous qualifierons de classique.
3/. L’ émigration « classique »
Cette émigration s’est développée rapidement après
La Première Guerre.
Elle est devenue peu à peu la première source de revenus. Et c’est l’agriculture qui tombe au rang d’activité marginale.
Au début, un seul membre de la famille émigre, ensuite le jeune homme part avec son frère, et le père avec son fils. Après la dislocation des familles patriarcales, les chefs des nouveaux ménages partent, travailler chacun pour son propre compte, et certain ne tardent pas à emmener leur épouse. Cependant, comme la première, cette émigration est généralement à temps et n’intéresse souvent que les hommes, Elle s’en distingue surtout ; cette fois les hommes partent nombreux et loin ils s’absentent plus longtemps.
A /. Les travailleurs en France :
Plus de la moitié des hommes émigrés vont louer leurs bras en France où ils trouvent de hauts salaires. Ils y travaillent pendant 10 à 15 ans ; mais reviennent plusieurs fois dans l’intervalle. On les rencontre à Paris et dans sa banlieue, en Lorraine, à St Etienne, à Alès et dans le Nord.
Il y en avait en 1937 6.000 originaires de la commune mixte du Guergour qui comptait alors 93.000 habitants. En estimant la proportion égale pour les Ait Yala, ce qui est probablement au-dessous de la réalité, on y trouverait 1300 émigrants ( 1 pour 15 habitants ). Il n’y a là rien d’étonnant, la commune mixte de la soummam en comptait 1 pour 6, c’est à dire presque tous les hommes valides.
Seulement, à la différence de la soummam, les Ait Yala envoient beaucoup des leurs dans les villes d’Algérie. Ainsi, on comptait en 1954 dans l’agglomération algéroise 6627 natifs du Guergour contre seulement 3218 pour la soummam, plus peuplée pourtant.
b/. L’émigration intérieure :
Elle diffère de l’émigration en France sur quelques points :
- Les travailleurs partent pour une plus longue période, mais reviennent plus souvent dans leur village.
- Ils emmènent volontiers leurs familles pour s’installer définitivement en ville. Ils gardent toutefois des liens étroits avec leur village ou ils reviennent passer leurs vacances.
- Dans l’ensemble, ce sont les plus instruits, ils occupent par conséquent des emplois variés et stables.
Les Ait Yala passent à juste titre pour des « lettrés» tant en arabe qu’en français.
Beaucoup sont des cheikhs, ils vont exercer leur sacerdoce un peu partout dans un rayon de 50 kmenviron. Les magistrats originaires de la région se rencontrent dans plusieurs mahakmas d’Algérie.
Les plus instruits en français sont instituteurs, postiers et employés de bureau dans le département actuel de setif notamment. On y trouve aussi plusieurs commerçants. Des Ait Yala ont travaillé dans les centres miniers comme le Kouif et Kenadsa.
La grosse majorité des émigrants est drainée par l’agglomération algéroise. Leurs occupations sont diverses, mais un grand nombre d’entr’ eux travaillent comme receveurs dans les entreprises de transports urbains. Il arrive souvent que les hommes d’un même village se retrouvent chez le même employeur.Cela se comprend, chacun use de son influence pour faire embaucher des concitoyens. Par exemple, les émigrés de Timengache sont nombreux à l’Hôpital Mustapha, et les originaires de Tizi Mejver travaillent dans l’entreprise Vve cote.
Ces employés sont presque toujours rejoints par leurs familles sur les 6627 natifs de la commune mixte de Guergour recensés en 1954 dans l’agglomération algéroise, 3128 étaient de sexe féminin.
Le fait marquant depuis la fin de la Deuxième Guerre, c’est la fréquence de l’émigration féminine, même vers la France
: les travailleurs originaires de Guergour emmenèrent leurs épouses en 1936, 50 déjà en 1948.
La tendance à l’émigration définitive amorcée avant 1954 va se généraliser pendant et aprèla Guerrede Libération.
4. L’exode :
Le mouvement migratoire a atteint une telle ampleur qu’on peut parler d’un véritable exode. De 1954 à 1960, la population est tombée de 15.960 à 8735 habitants par suite de l’émigration surtout.
a/. Durant la guerre :

Les homme émigrés évitent de revenir dans leurs villages ceux qui y demeurent sont soumis à un sévère contrôle et vivent dans la hantise d’être arrêtés. Des centaines ont gagné le maquis. Pour échapper à la répression, la plupart des hommes ont déserté leurs villages, malgré des difficultés énormes.
L’entraide n’a jamais été aussi efficace que pendant la guerre les « parents » installés en ville accueillent les réfugiés avec une généreuse hospitalité. Ces derniers ne tardent pas à faire venir leurs familles, quelquefois même avant de trouver du travail et un logement. Des départs ont lieu après chaque épreuve douloureuse.
Les travailleurs en France eux–même, ont fait soustraire leur famille à la « pacification », les uns les ont fait venir en ville où ils leur envoient des mandats, les autres sont préférés les appeler outre Méditerranée.
Ces réfugiés se sont installés dans différentes villes dont Setif, mais la plupart ont rejoint leurs concitoyens à Alger où ils ont contribué au peuplement de nouvelles cités de la banlieue Sud.
La Paix
revenue, ils y sont restés : ils ont cessé dès lors d’être des réfugiés.
b/. De 1962 à nos jours :
Après plusieurs années de séjour en ville, les réfugiés se sont tellement adaptés à leur nouvelle vie qu’ils n’ont manifesté aucun désir de retourner dans leurs « douars d’origine ».
Au contraire, le vide laissé par le départ des européens n’a pas manqué de les attirer, les Ait Yala ont bien su tirer profit des circonstances. Beaucoup ont accédé à de meilleurs logements et à des situations confortables. Pour montrer leur désir de faire souche en ville, ils y ont fait venir leurs ascendants.
Le mouvement migratoire lui-même s’est poursuivi après la guerre. La plupart des travailleurs en France ne rentrent que pour emmener leur famille soit à Alger, soit outre-mer.
Même les pensionnés qui n’ont apparemment pas besoin d’émigrer préfèrent s’en aller.
A partir du moment où leurs voisins et leurs parents établis en ville sont plus nombreux que ceux restés au village. Les gens ne pensent qu’à émigrer. La psychose du départ atteint donc plus particulièrement les villages déjà anémies. « Se sont envolés tous ceux qui l’ont pu, répètent les villageois, il ne reste plus que ceux dont les ailes sont brisées ».
Maintenant, ce n’est pas le besoin seulement qui pousse les ruraux vers la ville ; ceux – ci sont persuadés, à tort ou à raison, que la vie citadine est la meilleure. Pour les femmes, il n’y a pas de doute, elles y apprécient le confort : « aman glhit, thafath glkhit » autrement dit : « l’eau au mur, la lumière au fil » telle est leur phrase favorite.
Les hommes, eux, ont pleinement réalisé que rien ne peut plus les retenir sur leur terre ingrate : « mon pays, disent-ils, c’est celui qui me nourrit. »
Une raison louable a pesé sur les décisions des parents à s’installer en ville : l’avenir de leurs enfants. Ils consentent à faire tous les sacrifices pour que leur progéniture s’instruise et reçoive une éducation moderne. Ils ne veulent pas que leurs enfants connaissent la vie misérable qu’ils ont connue eux – mêmes.
Le pays des Ait Yala est, nous venons de le voir, un grand foyer d’émigration, il en est profondément marqué.
III. CONSEQUENCES DE L’EMIGRATION SITUATION ACTUELLE
Il s’est produit de grands changements depuis que l’émigration est devenue la première industrie des Ait Yala. Nous en retenons d’abord les conséquences économiques directes ou indirectes, l’influence sur l’agriculture ensuite, les répercussions démographiques enfin.
1. Les conséquences économiques positives
En quelques dizaines d’années, le pays a connu plus de transformations que pendant plusieurs siècles. Avant l’émigration régnait l’équilibre de misère, maintenant l’économie monétaire a supplanté l’économie de subsistances.
A/. Abondance d’argent en circulation :
Les habitants achètent de plus en plus de biens de consommation grâce à l’afflux d’argent, de différentes façons :
- Les travailleurs émigrés reviennent avec des sommes importantes.
- Pendant leur absence, ils envoient à leurs familles restées au village de nombreux mandats. Les allocations familiales sont particulièrement appréciées par leurs épouses à qui elles paraissent comme un don régulier du ciel.
- Les familles établies en ville aident souvent les parents indigents restés au village.
- D’autres sommes sont reçues par les nombreux retraités et pensionnés.
On peut estimer que depuis 1950 environ, le revenu des Ait Yala provient pour deux tiers au moins de l’émigration. On comprend des lors la puissance d’attraction des bureaux de poste et la popularité des facteurs.
Cet afflux d’argent a permis le relèvement du niveau de vie et la naissance d’une petite activité économique.
b/. Le Niveau de Vie :
Le niveau de vie sensiblement augmenté au moins depuis 1950. Non seulement les hommes parviennent à manger à leur faim, mais, sans qu’il y ait de profondes modifications dans le mode de vie, plusieurs innovations sont apparues. La consommation d’orge est progressivement abandonnée ; en revanche, un grand nombre de denrées dont le café et le sucre, entrent dans les foyers ; on achète un peu plus souvent de la viande.
Les gens s’habillent mieux, les vêtements européens ramenés par les émigrants conviennent mieux aux hivers rigoureux de la région, ils sont adoptés par la majorité des hommes.
La modernisation de l ‘habitat a fait de grand progrès, et la construction a connu un grand développement avant la guerre. Des maisons se sont élevées dans les jardins et au voisinage de la route ; on en a transformé de vieilles. Dans un cas comme dans l’autre, on utilise beaucoup de matériaux importés, les madriers remplacent les rondins noueux de frêne et d’ormeau : avec une natte de roseaux que supportent des lattes, la charpente s‘allège dans bien des cas, les tuiles mécaniques se substituent dans les nouvelles constructions, aux tuiles traditionnelles.
Les maisons s’équipent de plus en plus en installations sanitaires et en cheminées. Des fenêtres apparaissent en grand nombre. Les ustensiles en métal et en verre ont chassé une partie de la vaisselle en bois et en terre. Les réchauds à pétrole se rencontrent un peu partout. Actuellement, c’est l’usage des fourneaux à gaz qui se répand. Les matelas et les lits, très rares auparavant, pénètrent maintenant dans de nombreux foyers.
Ce progrès certain suppose l’existence d’un commerce assez actif.
c/. Naissance d’une activité économique moderne :
Au lieu des primitifs moulins à bras et des moulins à eau qui ne fonctionnent que pendant une partie de l’année, les habitants utilisent des moulins à moteur. Il y en avait une dizaine en 1955, beaucoup moins aujourd’hui. On les rencontre dans les villages-centres, mais aussi au bord de la route. Il n’en est pas de même pour les autres commerces. Les cafés et les boutiques se groupent à Titest et surtout à Guenzet. Autre fois les épiciers vendaient un peu de tout : peu à peu, des commerçants se sont spécialisés. On peut trouver désormais des marchands de tissus, des quincailliers, des tailleurs, etc., …
En outre, des entrepôts de grains, de farine et de paille, des salons de coiffure et des boucheries, se sont ouverts. Toujours à Guenzet, un abattoir est construit.
Une grande animation règne le jour du marché. Aux échanges traditionnels (grain, bétail) se sont ajoutés de nouveaux ; des marchands ambulants y viennent proposer aux paysans des articles divers, des camions appartenant souvent aux Ait Yala émigrés, arrivent régulièrement des halles d’Alger avec des chargements de fruits et de légumes, d’autres rapportent des dattes de Biskra
Pendant les jours de semaine également, les hommes vont s’approvisionner à Guenzet, ils se rendent aussi dans ce village en passe de devenir une petite ville, pour flâner ou jouer aux dominos.
Cette intense activité s’est presque totalement éclipsée pendant la guerre. Des quelques 50 commerces ouverts à Guenzet en 1955, il n’est à peu près rien resté pendant les années critiques. Plusieurs commerçants se sont installés dans les villes.
La paix rétablie, Guenzet n’a pas retrouvé son activité de naguère. Les chances d’une reprise paraissent minces, maintenant qu’une grande partie des habitants, souvent les plus dynamiques, ont quitté définitivement la région.
On peut penser à cette industrie qui, en d’autres pays, ranime plus d’une région : le tourisme. En fait, un grand nombre d’émigrés reviennent passer quelques semaines dans leur village natal, à l’époque des figues surtout. Mais leur séjour ne rapporte presque rien aux habitants ; d’abord parce que ces « touristes » ne restent pas longtemps, ensuite, leurs ressources étant modestes malgré les apparences, ils consomment peu ; enfin, ayant gardé la propriété de leurs biens, ils n’ont pas à débourser pour le logement.
La présence de ces nouveaux citadins est parfois même nuisible ils ne se gênent pas pour cueillir « leurs » figues, ce qui est légitime certes, mais peu apprécié par ceux à qui ils ont confié leurs jardins avant de partir.
2. Le déclin de l’agriculture
Les conditions naturelles, le morcellement des propriétés et l’exiguïté des parcelles ne permettent pas une agriculture brillante. Néanmoins, les générations d’avant l’émigration arrivaient au prix d’un labeur acharné, à tirer de leur terre ingrate, des produits variés et en petites quantités, sauf pour ce qui est de l’huile et des figues.
On aurait pu s’attendre à une stimulation de l’agriculture grâce à l’augmentation du pouvoir d’achat des habitants. Il n’en est rien. Au contraire, à part quelques innovations mineures comme l’introduction de quelques plantes
( pomme de terre, carotte, etc. , ) l’influence de l’émigration est plutôt négative.
Aux débuts de l’émigration, les hommes continuent à cultiver eux-mêmes leurs lopins de terre ; mais, du fait de leurs absences temporaires, ils cessent de prodiguer tous les soins que demandent les arbres. Après de fréquents séjours à l’extérieur, ils finissent par perdre le goût du travail de la terre, persuadés de surcroît qu’ils n’en tireraient pas grand-chose.
Par ailleurs, la relève n’est plus assurée, les nouvelles générations partent travailler elles aussi en ville. Même restés au village, les jeunes négligent les cultures ; il n’y a personne pour les instruire et les guider, car comme tout autre métier, celui d’agriculteur s’apprend. Dans nombre de cas, les jardins laissés aux femmes et aux enfants sont peu soignés et les récoltes s’en ressentent.
Dans un second temps, se sont développés des modes de faire- valoir indirects. En voici deux exemples : le premier concerne les champs d’oliviers, et le second intéresse plus particulièrement les jardins irrigués.
1° L’exploitant se charge des labours, de la cueillette et de la fabrication de l’huile. Le propriétaire doit supporter une partie des frais de labour pour ne recevoir que la moitié de la production. Il arrive que l’huile obtenue lui revienne plus chère que celle du marché.
2° La location des jardins est peu pratiquée, à cause de leur proximité des villages et de leur exiguïté. Quand elle existe, le locataire et le propriétaire conviennent d’un prix, souvent le partage des récoltes en deux parts égales. Comme le bail est de courte durée, un an généralement, le fermier malhonnête peut s’arroger une partie des fruits sans fournir le moindre soin aux arbres.
Ces modes de faire-valoir ne sont donc encourageants ni pour les propriétaires, ni pour les exploitants. Les uns préfèrent manger seuls « les fruits de leurs friches » plutôt que de les partager avec un tiers, les autres répugnent à travailler la terre d’autrui pour des profits incertains, ils finissent eux aussi par émigrer. On assiste donc à un déclin de l’agriculture.
Plus récemment, la situation s’est particulièrement aggravée. Pendant la guerre, la quasi totalité des oliveraies et les jardins des villages regroupés (petits villages de l’Ouest, Aourir, Tizi Mejver et groupe de cherea) étaient englobés dans la « zone interdite ». Les terres abandonnées à elle-même ont perdu beaucoup de leur valeur, les arbres se sont affaiblis, il leur faudrait plusieurs années de soins pour qu’ils puissent donner leur récolte de naguère. Or, plus que jamais, les bras manquent, surtout quand il s’agit de travailler sans aucun profit.
Après le départ de plusieurs milliers d’habitants, des terres, penserait-on, seraient libérées au profit de ceux qui sont restés dans leur village. Rien n’est plus loin de la réalité. En effet, pour parer à toute éventualité, les émigrés ont gardé la propriété de leurs biens : « Si tout va pour le mieux, disent-ils nous irions passer nos vacances au pays ; si la vie devient impossible en ville, nous rentrerions dans nos villages où, tout au moins, le logement, le bois et l’eau sont gratuits ».
En attendant, ils ont confié leurs maisons et leurs terres à des particuliers qui les entretiennent et en jouissent. Ces usufruitiers acceptent volontiers la prise en charge des jardins irrigués, mais les jardins de culture sèche éloignés, et à plus forte raison les champs d’oliviers, ne les tentent guère.
Il faut remarquer que les hommes restés au village reçoivent, à des titres divers, l’argent de l’extérieur, et qu’un grand nombre d’entre eux sont des vieux. Dans bien des cas, ils ne continuent à soigner que leurs propres jardins, non pas tant d’ailleurs pour récolter, mais plutôt parce qu’il leur est insupportable de voir dépérir les arbres qu’ils avaient plantés et de laisser pousser les ronces sur les terres qu’ils avaient entretenues durant des années.
De nombreux champs sont donc définitivement abandonnés, d’autres le seront probablement car, si les hommes émigrés nourrissent parfois l’espoir de revenir un jour, leurs enfants élevés en ville envisagent toujours un avenir tout différent.
3. Nouveaux visages de la population
Il n’importe pas ici d’insister encore une fois sur la diminution de la population par suite de l’émigration massive des habitants lors de la guerre, et même après, puisque le chiffre est descendu de 8735 en 1960 à 8571 en 1966.Nous voudrions simplement souligner ces deux aspects démographiques : le vieillissement de la population et l’état actuel des différents villages.
a/. Le vieillissement de la population :
La composition par âge de la population est fortement perturbée.
Avant les bouleversements récents, la pyramide des âges était probablement semblable à celle de la population algérienne autochtone : large et épaisse à la base à cause du grand nombre des enfants, elle s’amincit rapidement vers le sommet.
Elle doit avoir actuellement une forme plus effilée, la majorité des émigrants étant constituée par des hommes et des femmes âgées de 15 à 45 ans. Il en résulte une natalité faible et une proportion relativement forte de personnes âgées, dans les Ait Yala. Cela se vérifie aisément : pour 7907 habitants résidents, on compte 1590 ménages, soit en moyenne 5 personnes par ménage, ce chiffre singulièrement faible pour une population peu malthusienne, traduit la présence d’un grand nombre de familles « anormales » : veuves seules, couples âgés, etc.,...
La variation de la composition par âge, et partant, l’ampleur de l’émigration, n’est pas la même pour tous les villages.
b/. le comportement des différents villages :
D’après l’ampleur de l’exode récent, nous pouvons distinguer trois catégories de villages :
. Les villages les plus dépeuplés.
. Ceux dont la population a le moins varié.
. La catégorie intermédiaire.
Nous ne disposons pas de chiffres de 1954 pour pouvoir les confronter avec ceux de 1966. Néanmoins, ces critères suffisent pour établir la classification : la proportion de maisons inhabitées et le nombre de personnes par ménage. Celui-ci est le plus petit dans les villages qui ont connu la plus forte émigration.
1° . Les villages les plus dépeuplés :
Village ou groupe de villages. Population au recensement de 1966 Composition des ménages.
Tizi Mejver
Timengache et Ighoudane
Cherea
Thammast 134
453
272
246 3,2
3,7
3,7
3,7

Dans ces villages, 50% des maisons sont inhabitées. L’émigration y est la plus ancienne pare ce que la population, nombreuse dispose de peu de terre. Ce sont les hommes originaires de ces villages qui, instruits pour la plupart, ont le mieux réussi en ville
2° . les villages « traditionalistes » sont les suivants :
Village ou groupe de villages. Population au recensement de 1966 Composition des ménages.
Isoummar et Tiknittchout
Aourir
Groupe de Harbil
Laazid
Mguerba
Titest 471
541
479
495
508
867 5
5,2
5,3
5,5
6
6,6
La population de ces villages a relativement peu baissé. Pourtant les habitants d’un grand nombre d’entre eux ont été regroupés durant la guerre. Le nombre de personnes par ménage y est supérieur à la moyenne, ce qui signifie que les jeunes ménages sont moins rares qu’ailleurs.
Dans l’ensemble, les hommes ici sont plus attachés à leur terre ; ils ont commencé à émigrer plus tardivement pour une part parce que leurs villages se trouvant à la périphérie, ils disposent d’un finage plus étendu. De plus, leurs dimensions le montrent, ils étaient, mis à part Aourir et Titest, les moins peuplés dans le passé.
3° les autres villages :
Village ou groupe de villages Population au recensement de 1966 Composition des ménages
Tiguert, Tamalout et Tighrent
Guenzet
Groupe de Cherea
Aghlad N’Salah
Taourirt Yakoub 270
1584
425
346
249 4,5
4,7
4,8
4,9
5
Ces villages ont connu une émigration à peine moins forte que celle de la première catégorie pour des raisons diverses. Par exemple, Guenzet a perdu proportionnellement moins d’habitants à cause de l’animation entretenue par les fonctions administratives et commerciales.
Bien entendu, cette classification n’a rien de rigoureux. Des villages groupés ensemble se sont comportés différemment. Ainsi Isoummar est presque vide, Tiknitchout est restée peuplée, de même, Tiguert a gardé la plupart de ses habitants alors qu’à Tamalout il ne reste presque plus personne. Par ailleurs, les villages de Harbil, classés dans la seconde catégorie, ont en réalité connu une forte émigration vers Alger, avant même la guerre ; Ils ont retrouvé en quelque sorte un certain équilibre.
Cette étude peut paraître à certains égards une micro géographie par ce que la région concernée est réduite à un secteur montagnard de
15 km
sur 8 . Il faut se rendre compte pourtant que les problèmes abordés ( population trop nombreuse, sols maigres et menacés par l’érosion, propriétés très morcelées et petites, ressources limitées et forte émigration ) ne se posent pas pour les seuls Ait Yala, mais pour la plupart des régions montagnardes de l’Algérie.
On arrive partout à un tournant décisif. Ayant conscience de la précarité de leurs conditions de vie traditionnelle, les hommes ont rejeté, volontairement ou non, l’ordre ancien, sans pour cela accéder à un ordre nouveau. Autrement dit, ils ont cessé de vivre en auto– subsistance, mais beaucoup n’ont pas trouvé la solution de rechange à laquelle ils aspirent : l’occupation d’un emploi régulier.
On est amené à se poser cette question : « quel sera l’avenir de la montagne algérienne en général et des Ait Yala en particulier ? »
Nous envisageons deux possibilités :
1- La poursuite de la tendance actuelle : émigration, dépendance de la ville et négligence de l’agriculture.

2- Le développement concerté de la région en fonction d’un optimum de population.
1° pour éviter l’asphyxie, les hommes ont choisi jusqu’à présent la solution la plus urgente, mais la plus facile : l’émigration.
- L’émigration temporaire des travailleurs vers la France
restera toujours une solution provisoire ; c’est une soupape de sécurité qui peut d’une année à l’autre, s’arrêter de fonctionner à cause des fluctuations du marché de l’emploi d’une part, et des considérations politiques d’autre part.
- Le départ des familles vers la ville ne peut se poursuivre indéfiniment, les agglomérations urbaines sont maintenant saturées et les secteurs secondaires et tertiaires ne sont pas suffisamment développés pour pouvoir absorber une main d’œuvre pléthorique.
De toutes façons, même si l’émigration continue à exister, l’expérience le prouve, notre région restera probablement, pour longtemps^s encore, très peuplée. Force est donc de rechercher sur place les moyens propres à retenir au moins une partie de la population et à réduire sa pauvreté. Par moyens, nous entendons non pas les mesures d’ordre.Social ( électrifications, adductions d’eau, etc. , …), encore moins les solutions utopiques – au moins dans l’état actuel des choses – telles la création d’industries ; nous nous occupons des améliorations à apporter à la terre pour la rendre plus productive.
2° Avant d’élaborer des projets ou de formuler de simples suggestions, il faut constater d’ores et déjà que la plupart des terres sont soumises à des méthodes de culture très défectueuses et n’obtiennent pas la moitié des – récoltes que permettraient les conditions naturelles. L’amélioration de l’existant, et par conséquence l’élévation de la production au niveau de ce qu’elle était avant l’émigration, suffirait pour faire vivre honnêtement une population optima de 3 à 4.000 habitants.
La première action à entreprendre doit consister à prodigue aux arbres tous les soins traditionnels :
- L’exécution régulière de deux façons annuelles favorisera l’infiltration de l’eau et la conservation du sol.
- Les figuiers et les oliviers qui ont connu un entretien suivi se passent de la taille, mais si celle–ci devient parfois nécessaire, elle sera menée comme par le passé, par des paysans expérimentés et avec des outils appropriés ; la caprification, presque oubliée, doit être remise à l’honneur. Les arbres ainsi soignés produiront de beaux fruits qu’il sera facile de récolter proprement.
L’amélioration de l’existant serait suffisante si la population continuait à mener le genre de vie traditionnel. Maintenant que l’économie de marché a supplanté l’économie d’auto- subsistance, toute perspective envisagée doit viser une utilisation meilleure des terres.
Pour produire plus, on s’orientera vers l’amélioration des rendements, mais jamais vers l’extension des terres cultivables. Au contraire, la première mesure à prendre sera de soustraire à la culture les pentes les plus abruptes et les terrains particulièrement ingrats ; on y aménagera des banquettes pour y planter des arbres adéquats : le caroubier et le cactus interne dans le Sahel, le pin sur les rocailles. Les versants déjà dénudés seront traités de la même façon pour être rendus à la forêt.
La culture de l’olivier gagnera à être maintenue, d’une part par ce que l’entretien et la cueillette n’occupent les gens que pendant un temps limité, d’autre part que l’huile est facilement commercialisée. L’effort à fournir sera dans le sens d’une amélioration de la culture.
C O N C L U S I O N
- On réduira le nombre de variétés, seule sera retenue la variété réunissant le maximum de qualités : la fécondité, la grosseur des fruits qui rend le ramassage aisé et le rendement en huile.
- Les arbres de la variété choisie seront plantés en ordre pour que chacun trouve une place suffisante ; les vieux oliviers au tronc noueux et souvent creux seront arrachés quand les jeunes sujets commenceront à donner des récoltes satisfaisantes, c’est à dire dans une échéance de 10à 15 ans.
Si la culture du figuier se perpétue, il faudra lui apporter les même améliorations : limitation des variétés, rationalisation. En outre, pour éviter le gaspillage d’une partie de la récolte, la cueillette et le séchage se feront délicatement ; les fruits seront traités contre les vers.
Le figuier, certes, est ici dans son milieu, mais il était préféré aux autres arbres fruitiers pour le rôle qu’il jouait dans l’alimentation. Les habitants consommant de moins en moins de figues aujourd’hui, mérite-t-il de rester l’arbre par excellence des Ait Yala ? plusieurs espèces poussent en effet et fructifient aussi bien : l’abricotier et le prunier notamment. L’amandier, arbre particulièrement rustique, doit couvrir les pentes les plus sèches, et la vigne pourra fournir au marché un excellent raisin d’arrière-saison.
Le problème est de fixer son choix sur l’arbre dont la production est susceptible d’être écoulée facilement, et de rapporter plus aux paysans. L’accent sera donc mis sur les techniques de commercialisation : recherche des débouchés, transformations préalables. Etc., ..
Avant de songer à la vente, on commencera par produire pour sa propre consommation, et réduire ainsi ses achats.
La figue de Barbarie est, pour citer un exemple, une denrée rare, pourtant la « culture » du cactus est des plus simples : il suffit de planter sur un sol léger et sec quelques raquettes et d’attendre quelques années. Autre exemple, au lieu de s’obstiner à cultiver des piments dont la production est de plus en plus médiocre, ne vaudrait-il pas mieux leur préférer la pomme de terre, légume autrement plus utile, ou même des plantes fourragères ?
Il y a une perspective plus ambitieuse : étudier la possibilité d’une meilleure utilisation des eaux, à la fois dans l’espace et dans le temps. Il est pénible de constater que l’eau des sources est « bue » par lamer, d’Octobre à Juin. On pourrait peut-être essayer, grâce à l’irrigation printanière, de cultiver au Sahel des légumes ou des plantes fourragères hâtives, mais on se heurtera à des problèmes ardus : l’adduction de l’eau, l’aménagement de terrasse et la nécessité de trouver des quantités suffisantes de fumier.
L’élevage ne doit, en aucun cas, être négligé ou dissocié de la culture. Les mulets resteront d’une grande utilité pour la production du fumier bien sur, mais aussi pour le transport et le labour, car on ne peut préconiser l’emploi de machines sur ces terres. Comme il sera toujours difficile d’entretenir des vaches, on maintiendra l’élevage des chèvres, mais en l’améliorant. En particulier, on remplacera le pacage à la montagne par la stabulation, car les chèvres nourries à la maison produisent deux fois plus de lait que les chèvres de parcours. Pour une même quantité de lait, on n’aura donc qu’une chèvre à élever au lieu de deux, et la forêt souffrira moins. De plus, on introduira des races plus productives.
Les habitants ont tout intérêt à développer le petit élevage qui est relativement facile, à rechercher des spéculations nouvelles ( la production du miel par exemple), et d’une manière générale, tous les moyens, même de moindre importance, d’augmenter leurs ressources.
Il est facile de suggérer des solutions, mais dés qu’on songe à les concrétiser, on voit surgir d’énormes difficultés.
D’abord, aucune expérience n’est concevable sans procéder au préalable à de profondes réformes, notamment le remembrement et la redistribution des parcelles. Or, une telle révolution ne manquera pas de se heurter à l’opposition des paysans, souvent très routiniers et mal préparés pour accepter d’être détachés de leurs lopins ancestraux. Par ailleurs, la plupart des actions préconisées seront d’un intérêt lointain et ne profiteront qu’aux générations futures ; les paysans sont au contraire préoccupés par le présent, on ne peut donc les intéresser sans rétribuer leur travail. Dés lors, un faisceau de difficultés d’un autre ordre apparaît.
L’ampleur des efforts à fournir et leur intérêt à longue échéance, implique la prise en charge de tout projet, par les autorités : financement, recrutement de cadres techniques et administratifs, enseignement agricole pour adultes, etc. ; ..
Quoi qu’il en soit, il faudrait prendre conscience d’une choses tout progrès est impossible sans une meilleure utilisation du territoire d’une part, et de la force de travail des habitants d’autre part.
B I B L I O G R A P H I E
CARTES :
- Carte topographique au 1/ 50.000
Feuille d’Ain Roua
// de Bou-Sellam
// d’ Akbou
// de Boni
- Carte topographique au 1/ 500.000
Feuille d’ Alger
- Carte geographique au 1/ 50.000
Feuille d’ Ain Roua
BIBLIOGRAPHIE GENERALE :
- Bernard :l’ Afrique septentrionale (1937 – Vidal de la Blache).
- Bernard et de Flotte de Roquevaire : Atlas d’ Algérie et de Tunisie 1925.
- Despois : l’Afrique du Nord (PUF- 1964).
- Despois et Reynald : l’Afrique du Nord-Ouest (Payot 1967)
- Dresch et Tricart : la Méditerranée et le Moyen Orient (PUF. 1953).
- Isnard : Le Maghreb ( PUF 1966).
GEOGRAPHIE PHYSIQUE :
- Bagnouls et Gaussen :Saison sèche en Algérie – 1953.
- Dalloni : Géologie appliquée de l’Algérie .
- Quezel et Santa : Nouvelle flore de l’Algérie ( CNRS – 1962).
- Saccardy : Notions générales sur la lutte contre les érosions du sol en Algérie (Terres et Eaux n ° 9).
- Savornin :Etude géologique de la région du hodna (Alger – 1920 ).
- Seltzer : le climat de l’Algérie (Alger – 1946).
- Seltzer : la carte pluviométrique de l’Algérie.
PROBLEMES ECONOMIQUES ET HUMAINS :
- Blanchemain : Les caprins dans l’économie du Bassin méditerranéen
²( Bull . Techn . Inf . INA n ° 203 – oct. 1965).
- Demontés : L’Algérie agricole (1930) .
l’Algérie économique (1930) .
- Despois : l’utilisation du sol dans les montagnes du Maghreb .
(Acta Géographica juin – septembre 1963 ).
- Despois :Le Djebel Amour – 1957 .
- George :Géographie agraire (PUF) .
- Isnard :Agriculture européenne et agriculture indigène
(Cahier d’Outre- mer – 1959 ).
- Lacoste : Géographie active (PUF) .
- Lacoste : Géographie du sous – développement (Coll. Magellan).
- Place de l’agriculture dans le développement économique (Problèmes économiques).
- Secrétariat Social Alger :
La lutte des Algériens contre la faim – 1954.
Le sous- développement en Algérie -1959.
-Battendier : l’Algérie .
- Bertin : répartition de la population en Algérie (Annales 1960).
- Bourdieu : Sociologie de l’Algérie (PUF 1962).
- Bourdieu et Sayad :le déracinement – 1964 .
-Carette :
La Kabylie
(Exploration-scientifique de l’Algérie 1855).
-Feraoun : Le fils du pauvre.
Jour de kabylie.
- Gaid : Les Beni Yala –1955
- Gautier : Le passé de l’Afrique du nord –1964 .
- Hanoteau et le tourneux :
la Kabylie et les coutumes kabyles (1893).
- Julien : Histoire de l’Afrique du Nord – 1931.
-Population : les statistiques de la population se trouvent dans le répertoires
statistiques des communes (ou Tableau des communes).
- Rager : L’émigration des Musulmans d’Algérie (1956).
- Parodi :Surpopulation et développement en Afrique du Nord
(Economie et Humanisme – Fev . 1962 ).

Je rappelle encore ,mes excuses aupres de l'auteur de sujet Mr Messemène Salah
s'il y a erreurs quelque part....faute de téléchargement.Merci

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