Thamurth Ith Yaala

Forum, discussion, échanges, avis des Yaalaouis.
 
AccueilGalerieFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 NOUS AVIONS 20 ANS

Aller en bas 
AuteurMessage
tikka
V.I.P.
V.I.P.
avatar

Masculin
Nombre de messages : 6080
Age : 57
Localisation : Setif
Emploi/loisirs : Gestion/nature
Humeur : Idhourar i dh'al3amriw...
Date d'inscription : 08/07/2008

MessageSujet: NOUS AVIONS 20 ANS   Lun 8 Déc - 16:10

Nous avions 20 ans

par Abderrahmane Zakad *
Une anecdote me revient. Lorsqu'en 1960, la wilaya VII avait décidé de nous envoyer en petit groupe rejoindre l'ALN, venant de Bonn, je me trouvais dans l'avion à côté d'un monsieur qui avait embarqué à Rome (ci-joint fiche d'embarquement). Il me regarde, je le regarde.

Tu es Algérien, me dit-il peut être, à quoi le voyez-vous. - Je reconnais les Chaouis à leurs oreilles, tes oreilles sont grandes, me répond-il. (Ouidhnik kbar) - Je lui réponds avec toute la candeur d'un garçon de 20 ans : - «Les ânes aussi ont de grandes oreilles ! ». Cet homme, c'était Ali Mendjeli, Allah irrahmou. C'était mon premier contact avec l'un des hauts responsables de la Révolution algérienne. Mais aussi, avec le népotisme que je subirai et le sectarisme dans lequel j'ai vécu et souffert jusqu'à aujourd'hui. J'ai été brimé, rétrogradé, licencié pour cause de hizb frança. Cela a fait de moi un homme.

Après l'indépendance, et même avant, nous les jeunes qui avions rejoint la révolution, nous avions été manipulés et utilisés à des fins personnelles pour les ambitions de certains. Ceux qui avaient compris se sont éloignés pour aller à l'étranger finir leurs études et c'est mon cas (Bulgarie) ceux qui n'avaient pas eu cette chance ont fini par être encore utilisés et trahis, c'est le cas de mon ami Mécili André Ali et d'autres (Allah irhamhoum). Désemparés, errant dans les rues, nous avions alors sollicité l'aide, sans résultat, pour la compréhension de ce qui se passait à l'époque. Nous avions vu Ouamarane, jovial, à Hydra, Boussouf, impénétrable, rue Didouche, Krim, dans sa démarche balancée, rue Bab Azoun, Khider, au visage émacier, Place Emir Abdelkader, Ben Bella, incertain, à la villa Joly à qui j'avais remis une photo et une lettre, on a sollicité également ceux de la III, ceux de la IV, on a sollicité l'Algérie notre patrie qui ne répondait pas et on finissait par aller au Tyrolien, chez Mohand, vider une bouteille de vin à crédit. Tous les paumés de la Révolution étaient là sur le radeau de la Méprise. Je tournais, Mekbel tournait, Djamel Amrani tournait, tous les intellectuels tournaient au Tyrolien, nous tournions éméchés par les vapeurs d'une révolution que nous crûmes l'utérus d'un peuple brimé pendant 130 ans et qui venait d'être rejeté tel un bâtard sur la table des opérations de ce maudit été 62.

Et nous avions 20 ans. Sans espoir nous ne savions ou aller et nous ne voulions plus être manipulés. Seul Boumendjel, alors ministre des Travaux publics, a répondu à notre appel en nous envoyant pour terminer nos études. Le temps a passé, les larmes ont séché mais les blessures demeurent. Nous avions 20 ans et nous étions sains et crédules.

Urbaniste diplômé, possédant d'autres diplômes techniques civils et militaires, j'ai occupé des postes de responsabilités techniques de haut niveau. J'ai été �'éjecté' 5 fois dans diverses entreprises pour refus de participer à la curée et verser dans la rigolade (détournement, faux, mensonges à chef d'Etat, mensonges sur les marchés, distribution de lots de terrain aux amis, etc..) - Je l'avais signalé à mes responsables et à la Cour des comptes. Sans résultat et ouste dehors. En 1986, il fallait que ce soit une société américaine (Mr Berjeot) qui me récupère et qui me confie par la suite la représentation (ci-joint document). Pour cause de hizb frança, nombreux ont subi ce que j'ai subi en raison de l'article 120 de M. Chadli. Avaient-ils les moyens comme moi de tenir, de faire face ? Certains se sont suicidés (T. A et A.S entre autres).

Dans une contribution parue sur le quotidien « Liberté » du 19 mars 2000, j'avais fait une réponse à monsieur Kafi, intitulée 'Se taire ou semer des paroles d'amour'. Monsieur Kafi avait à l'époque insinué que les Algériens, déserteurs de l'armée française, n'étaient pas les seuls à avoir amélioré la technicité de l'armée aux frontières. Cela va de soi et il n'était pas dans les intentions de ces Algériens déserteurs d'améliorer quoi que ce soit. Ils avaient rejoint l'ALN, chacun selon ses convictions, ses compétences et ses moyens pour se mettre à la disposition soit de l'armée aux frontières, soit dans les maquis de l'intérieur dont très nombreux sont morts. Dans cette lettre, j'avais également souhaité que l'on mette fin à cette tendance d'opposer les officiers déserteurs de l'armée française aux autres officiers formés soit dans les maquis, soit dans les écoles de pays amis (Chine, Bulgarie, URSS, Egypte, etc..). Cela d'une part. D'autre part, il est courant de lire ou d'entendre que les déserteurs de l'armée française ont rejoint tardivement l'ALN. Ces propos lancés par bon nombre de responsables politiques et militaires, ainsi que dernièrement par le président Chadli, m'amènent à donner quelques précisions et à poser des questions.


1 - Les déserteurs de l'armée française ont rejoint l'ALN alors qu'ils étaient âgés entre 20 et 24 ans. Avant de déserter, ils étaient déjà pour la plupart affiliés à la Fédération de France et n'avaient rejoints l'ALN que sur ordre de leurs responsables.

Ce qui montre la bonne organisation de la wilaya VII (Fédération de France) ainsi que la discipline qui prévalait. Souvenons-nous, c'était la période de la désertion des sportifs, des étudiants et des militaires, opération stratégique qui honore la wilaya VII. A cet effet, il faudrait lire ou entendre l'avis des responsables de l'époque : Messieurs Boulahrouf, Keramane, Bouda et Haroun, entre autres.


2 - Une question me tarabuste : à quel âge devrions-nous être censés rejoindre l'ALN ? Personnellement, j'étais militant du FLN à 18 ans et déserteur à 21. Mes responsables étaient à la wilaya VII, M. Aït Ouazou ensuite le commandant Hassani Abdelkrim dit Si El-Ghouti.


3 - Devons-nous regretter d'avoir rejoint l'ALN à 20 ans ? Aurions-nous dû rester dans l'armé française auquel cas nous serions, pour bon nombre d'entre nous, colonels ou sous-préfet avec les temps qui courent. Et en plus, payés en euro, monnaie que certains vénèrent et convoitent aujourd'hui. Nous avons choisi le dinar que nous respectons toujours.


4 - Des responsables, politiques et militaires, issus de l'armée française ont été et sont au sommet, je ne les connais pas et, si je les connaissais, je ne les citerai pas pour ne pas verser dans une controverse improductive. Parmi eux, je n'en sais rien, il y a des bons et peut-être des mauvais. Fallait-il refuser ceux qui avaient déserté ? Fallait-il les étêter après l'indépendance ? Pourquoi après l'indépendance avait-on fait appel à eux, alors qu'ils pouvaient terminer leur carrière dans l'armée française. Nombreux sont ceux qui étaient venus de leur propre gré pour construire le pays, bondonnant rang, situation et biens. A partir de quelle époque cette �'tare' d'avoir été dans l'armée française n'entache pas l'individu. Devrions-nous remonter jusqu'aux turcos de 1840, jusqu'à la guerre de 14/18, jusqu'à l'émir Khaled en 1927, la guerre d'Abdelkrim, les guerres de Syrie et d'Espagne, Messali dans les années 30, la guerre de 39/45, à Mohammedi Saïd, à Ouamrane dans les années 40, à Belhouchet, à Fanon militaire à Béjaïa, à Laskri dit Bouglez, à Ben Bella, à Ali Khodja, au colonel Belhouchet, au Cdt Bensalem, au colonel Bencherif, à Lahbib Oudai (Qui connaît ?) à Hamadache Moussa (Qui connaît ?). Tous ces chouhadas et ces responsables étaient-ils des espions au service de la France et au service des 3 B. Ali Guerraz, déserteur du 3ème régiment de parachutistes de Toulouse, qui avait ramené avec lui le code Slydex français, était-il un espion lui qui avait été mitraillé au maquis par un Piper.

Le déserteur devait-il mourir chahid, même s'il a rejoint dans le tard, pour être reconnu déserteur sans 'tare' et algérien sans fard ? Serait-ce seulement le martyr qui purifierait une 'identité' historique du fait colonial ? L'un étant dans le tout.

Orphelin en 1949, âgé de 10 ans, dois-je me morfondre d'avoir été envoyé à l'école de Koléa, et qu'après le typhus et la disette de cette époque, la seule issue pour bon nombre de familles algériennes était l'armée. Dois-je verser dans la componction et regretter de ne pas être mort chahid ? Vous avez choisi d'être présidents, désignés par vos pairs, j'ai été choisi pour être enfant de troupe désigné par mes tantes. Et j'avais 10 ans.


5- Devrions-nous reprocher aujourd'hui aux Algériens qui optent pour la nationalité française de faire le mauvais choix. Parmi eux, certains sont d'anciens membres du FLN ou de l'ALN. Devrions-nous refuser l'accès sur notre territoire de français d'origine algérienne dont certains sont déserteurs du FLN ou de l'ALN. On n'en finirait pas.

Je pense, c'est mon point de vue, que le mal est à chercher ailleurs.

Comme partout et de tout temps, les conflits surgissent généralement pour des questions de pouvoir ou bien matériels. Mais pas seulement, ils surgissent aussi entre la compétence et l'incompétence. L'homme compétent dira 'Que vaut celui-ci', l'incompétent dira 'De quel tribu est celui-la'. Entre les deux hommes, il y a tout un monde : éducation, formation, culture et surtout être en phase avec son monde, le monde contemporain. Et Diable, sont-ce les déserteurs qui voulaient livrer le pays à Nasser ?

Si seulement vingt Algériens, officiers déserteurs ou pas, formés dans les écoles françaises, russes ou syriennes, sous les ordres de Ferhat Abbas ou de Benkhedda, construisant une république issue d'une constituante puis d'une assemblée élue, avaient dirigeaient dès 1962 le pays, l'Algérie aurait été au même niveau que l'Argentine, l'Espagne ou la Belgique, le Maghreb une réalité, le mot haraga inexistant et le tour d'Algérie cycliste une fête annuelle. Mais si on ne refait pas le monde, on refait les mêmes erreurs. Depuis 1962, le système algérien se substitue à lui-même et, à force de bricolage, il s'est avachi en 88 telle une 404 bâchée sans cesse retapée. Nos élus ont toujours été plébiscités par paresse du peuple ce qui a permis à certains de consolider leur position et aux loups de s'infiltrer. Le peuple, source du pouvoir et garant de la Constitution, n'a jamais été respecté dès lors qu'on parjure le serment, les mains sur le Coran, de ne jamais toucher à la Constitution. On a versé dans un constitutionnalisme têtu qui a toujours produit un régime populiste en plus d'avoir fait le lit à l'intégrisme. Lors d'une dédicace d'un de mes livres, le calendrier avait fait que je me trouvais assis près du Président Benkhedda qui, lui aussi, signait son livre. Quel honneur et quel bonheur ! A la question posée : « Monsieur le président, ce qui arrive à notre pays n'est pas grave par rapport au temps historique. C'est une goutte d'eau dans la mer ? ».

Le président Benkhedda, homme doux et perspicace, m'avait répondu : « Si Abderrahmane, ce n'est pas grave si la goutte d'eau n'était pas polluée ». C'était à la Bibliothèque nationale en 2002. C'était notre dernière rencontre, Allah Irrahmou.

Mais ne désespérons pas, notre jeunesse, filles et garçons, chercheurs, écrivains, poètes - il en faut -, ingénieurs et instituteurs, ainsi que les jeunes officiers issus des écoles militaires algériennes sauront réaliser ce que n'ont pu faire leurs aînés. Ils sauront également, et cela commence, à faire lever ce doigt ganté de fer qui maintient depuis cinquante ans, le bouchon dans l'eau : la vérité.

Messieurs, il n'est pas constructif de résoudre les problèmes par des questions posées derrière un micro, car les mots qu'on lâche sont de cuivre, ceux que l'on retient sont de l'or. Ces questions interjetées nécessitent réflexion, recherche, analyse et justification dans des écrits qui engagent et enrichissent. C'est le travail des historiens. Vous ne rapportez que ce qui vous semble être l'Histoire et qui n'est que des histoires. Cela pourrait être utile et je ne doute pas de votre bonne foi mais, hélas, la bonne foi a mené à des catastrophes. Dans la parabole de la vache, deux hommes sont de part et d'autre d'une vache. Celui de gauche dit que la vache avait deux tâches noires, celui de droite trois tâches noires. Les deux disaient la vérité, leur vérité. Et la fitna commença. C'est écrit dans mon livre 'Une enfance dans le Mzab'. Toutefois, vous qui avez été de hauts responsables lors de notre guerre de libération et mené l'une des plus grandes batailles -

La bataille de Souk Ahras - ainsi que d'avoir été au sommet de l'Etat, je suis sûr que vous appréciez qu'un citoyen vous interpelle. Ce qui, sur votre mansuétude, m'enclins à croire que la famille avance.

En vous priant de ne pas interpréter mon mot comme acte désobligeant, je vous prie Messieurs, de croire à mon respect sincèrement militant.


* Ingénieur-urbaniste, musicien, écrivain.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
NOUS AVIONS 20 ANS
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» NOUS AVIONS 20 ANS
» Tarmac Aerosave, démantelement des avions
» In flight Canada : IFE pour avions régionaux
» réponse apportée à une "brebis égarée" qui nous a contacté en MP, revenue depuis dans le droit chemin ...
» Que nous réserve cette nouvelle année ?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Thamurth Ith Yaala :: Discussions Generales :: Débats et idées-
Sauter vers: